Roger Prévost, carte PCF St Maur.  Collection Thorez-Vermeersh

Matricule « 46003 » à Auschwitz

Roger Prévost : né en 1911 à Saint-Maur-des-Fossés (Seine / Val-de-Marne), où il est domicilié ; monteur-électricien ;  communiste ; arrêté le 6 décembre 1940, interné aux camps d’Aincourt, de Voves et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 29 août 1942.

Roger Prévost est né le 4 février 1911 à Saint-Maur-des-Fossés (Seine / Val-de-Marne). Au moment de son
arrestation, il habite au 18 bis, rue Béranger à Saint-Maur-des-Fossés. Il est le fils de Léontine, Lucie Caron, 21 ans, blanchisseuse et de Léon, Auguste Prévost, 25 ans, brocanteur, puis chauffeur, son époux. Il est issu d’une nombreuse fratrie dont une sœur aînée, Charlotte, née le 19 novembre 1909 à St Maur, et un frère cadet, Lucien, né le 20 septembre 1912 à St Maur. Leurs parents habitent au 16, rue Dussaut, puis au 25, rue du Four à St Maur. Plusieurs parents proches et leurs enfants habitent la commune.
Roger Prévost est monteur-électricien de profession. Le 20 avril 1932, il appelé au service militaire au 151ème Régiment d’Infanterie (depuis le 31 mars 1928, le service a été ramené à 1 an). Il en est libéré le 22 avril 1933. Il habitre au 17, avenue Madelon à Champigny-sur-Marne
Roger Prévost épouse Georgette, Louise Chauvin le 2 septembre 1933 à Champigny-sur-Marne (née en 1912 dans la Seine, elle est décédée le 20 mai 1961 à Thiais). Le couple s’installe au 12, avenue Diane, à ChampignyEn mars 1934, il déménagent au 19, rue du Chemin-Vert dans la même commune. Puis au 18, rue Garibaldi à Saint-Maur.Lors du recensement de 1936, le couple est domicilié au n° 92 bis de la même rue. Roger Prévost travaille alors comme électricien chez Air Liquide. Son épouse est manutentionnaire, au  chômage. Au n° 92 de cette rue Garibaldi, habite son frère Lucien qui travaille comme fumiste, avec son épouse Julie (bobineuse) et leur fils.
Roger Prévost est militant du Parti communiste français, et à ce titre connu des services de Police. En août 1937 le couple déménage au 18 bis, rue Béranger à La Varenne Saint-Hilaire, un quartier de Saint-Maur.
Roger Prévost est mobilisé à la déclaration de guerre au 242ème Régiment d’Infanterie (22ème Section d’infirmiers),qui en mai 1940 est chargé de la défense de la Loire, d’Amboise à Angers.

Le 14 juin 1940 les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  L’armistice est signé le 22 juin. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « Révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Démobilisé, Roger Prévost retourne à Saint-Maur. Il est alors employé comme manœuvre.
Au moment de son arrestation, il est domicilié au 18 bis, rue Béranger à Saint-Maur.

Communistes dont l’arrestation est prévue le 6 décembre

Roger Prévost est arrêté le 6 décembre 1940 à son domicile par des policiers français du commissariat de Saint-Maur, avec d’autres militants communistes « en vue de leur internement à Aincourt » (Archives de la Préfecture de police).
Il est arrêté en même temps que deux autres saint-mauriens, Robert Terrasse (1) et Edouard Vallerand.
Leurs arrestations s’inscrivent dans le cadre d’une importante rafle de 69 militants communistes de la région parisienne, opérée conjointement par 8 commissariats de banlieue et 8 commissariats parisiens. L’opération est minutieusement préparée, les noms des inspecteurs (IP et IPA) devant procéder aux arrestations est mentionné, y compris ceux qui seront responsables de la conduite à la caserne des Tourelles, puis au camp d’Aincourt. D’abord conduits aux Tourelles (boulevard Mortier à Paris 20ème) ils sont internés administrativement au camp de « Séjour surveillé » d’Aincourt, ouvert le 5 octobre 1940 par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes du département de la Seine. Lire dans le site Le camp d’Aincourt .

Liste des Renseignements généraux adressée au directeur du camp d’Aincourt

Roger Prévost y a le n° de dossier « 400.832 ».Sur la liste « des militants communistes internés le 6 décembre 1940» reçue des Renseignement généraux par le directeur du camp, le commissaire Andrey, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Roger Prévost on lit : «meneur communiste très actif ».

Le camp de Voves, in VRID

Le 5 mai 1942 Roger Prévost est transféré avec 148 autres internés d’Aincourt au Camp de séjour surveillé de Voves (Eure et-Loir). Il est enregistré par l’administration française du camp sous le n° 405.
Lire dans ce site : Le camp de Voves
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du commandement militaire en France. Poger Prévost figure sur la première liste.
Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ». La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit : « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique que « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ». Le directeur du camp a fait supprimer auparavant toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ». Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, arrivés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag  122)  les  10  et  22  juin  1942,  87 d’entre  eux seront déportés à Auschwitz.
Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, arrivés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) les 10 et 22 juin 1942, quatre-vingt-sept d’entre eux seront déportés à Auschwitz.

Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Roger Prévost est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Roger Prévost est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46014» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz. Ce numéro matricule est mentionné avec le nom de Roger Prévost sur le site internet du Musée d’Auschwitz.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Electricien de profession il est ramené à Auschwitz I, et affecté au Block 17.  Victime de l’épidémie de typhus exanthématique qui touche de très nombreux déportés, il entre le 27 août 1942 au block 20 de l’hôpital d’Auschwitz (dédié aux maladies infectieuses et à la tuberculose).

746 déportés assassinés le 29 août 1942, (in Death Books from Auschwitz, (registres des morts d’Auschwitz) Tome 3 page 965).

Roger Prévost meurt à Auschwitz le 29 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, (registres des morts d’Auschwitz) Tome 3 page 965). 746 déportés sont envoyés à la chambre à gaz depuis le block 20 ce 29 août.
On peut lire page 63 du Tome 1 du  Death Books from Auschwitz, publié par le Musée d’Étatd’Auschwitz-Birkenau. Traduction de l’anglais : « Les deux médecins (Entress et Uhlenbroock) ont pris des dispositions : tout malade, y compris les convalescents et quelques infirmières des prisonniers de la Salle des contagieux du Block 20, doivent être emmenés dans des camions vers les chambres à gaz. 746 personnes ont été assassinées dans cette opération le 29 août 1942. Ceci ne pouvait pas supprimer l’épidémie de typhus, bien sûr, car cette maladie est transmise par des poux et ceux-ci sont restés dans les couvertures et les couchettes des prisonniers. Le Dr. Friedrich Entress a surveillé cette opération. Le Dr Kurt Uhlenbroock, qui était le « Standortarzt» (médecin responsable du KZ Auschwitz depuis le 17 août 1942, il fut remplacé par Eduard Wirths le 1er septembre 1942), a demandé le nombre nécessaire de camions et de gardes pour transporter les prisonniers aux chambres à gaz ».
Selon sa fiche au DAVCC, il n’y a pas eu de demande d’homologation comme « Déporté politique » pour Roger Prévost.

Un arrêté ministériel du 31 août 2012 paru au Journal Officiel du 14 octobre 2012porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Cet arrêté s’il constitue un progrès, car il corrige le précédent qui indiquait« mort le 10 juillet 1942 à Saint-Maur-des-Fossés »,porte pourtant une date erronée « décédé le 29 juillet 1942 à Auschwitz. Il serait logique que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (in Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau) et sur le site internet du Musée d’Auschwitz, qui apporte la preuve de son décès à Auschwitz !
Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Plaque dans le hall de la Mairie de Saint-Maur (montage photo, Pierre Cardon)

Son nom est gravé sur la plaque commémorative sise dans le Hall de la Mairie
« à la mémoire des fusillés et morts en déportation en Allemagne ».

A la Libération, la Section du PCF édite, comme elle le fait pour les autres
déportés ou fusillés communistes de Saint-Maur, une carte avec son portrait
« Roger Prévost, mort à Auschwitz en 1942, membre du Parti Communiste Français ».
Sur les six déportés de Saint-Maur du convoi du 6 juillet 1942 (Marius Adam, Yves Dumont, André Faudry, Raymond Monnod, Gentil Potier, Roger Prévost), seul André Faudry survivra. Georges Marin, qui vécut à Saint-Maur jusqu’à l’âge de 16 ans, sera lui aussi déporté dans le même convoi.

  • Note 1 : Robert Terrasse sera déporté le 4 juin 1944 depuis Compiègne. Il meurt au camp de Neungamme le 11 juillet 1944.

Sources

  • Etat civil de Saint Maur. Année 1911 p 16/155
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1989 par André Montagne et en décembre 1993 par mes soins.
  • Registre élections à Saint-Maur. Recensements de 1931 et 1936.
  • Registres matricules militaires de la Seine et de Seine Maritime.
  • Archives de la Préfecture de police (RG77W 43).
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d’internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la Préfecture de police, cartons occupation allemande, Carnet BA 1837 et BA 2447.
  • Archives du CSS d’Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Stéphane  Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 – mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Dossiers concernant le camp d’internement de Voves. Personnes internées par décision des préfets autres que le préfet d’Eure-et-Loir.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet Memorial GenWeb. Photo de Claude Richard et plaque du hall de la mairie (Montage©Pierre Cardon).
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial ©Pierre Cardon.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Photo en militaire © PCF St Maur / in Fonds Thorez – Vermeersch .

Notice biographique rédigée en 2003, installée en 2012 mise à jour en 2015, 2020 et 2022, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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