Sa signature lors de son mariage en 2021
Aimé Doisy : né en 1897 à Paris 13è ; domicilié à Levallois-Perret (Seine) ; mécanicien-ajusteur, mouleur, chauffeur de taxi ; communiste ; arrêté le 9 octobre 1940 ; condamné à 4 mois de prison (Santé, Fresnes) ; interné aux camps de Rouillé et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 24 septembre 1942.

Aimé Doisy est né le 2 juillet 1897 à Paris (13è). Il habite au 17 rue Trézel à Levallois-Perret (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il est le  fils de Marie Ouvrard, 26 ans, journalière, et d’’Auguste Doisy, 32 ans, palefrenier, son époux. Ses parents habitent au 58, rue de l’Orient à Paris 18è.
Au moment du conseil de révision, Aimé Doisy habite déjà au 17, rue Trézel à Levallois-Perret. Il travaille comme mécanicien-ajusteur, puis sera mouleur, puis chauffeur de taxi selon madame Faurie (1).
Conscrit de la classe 1917, il est recensé dans le département de la Seine (matricule 5379). Il est mobilisé par anticipation d’un an en janvier 1916, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la mobilisation générale d’août 1914. Le 11 janvier 1916, il est incorporé au 1er groupe d’Aérostation, comme mécanicien. En octobre 1917, il passe au 2è groupe d’aviation. Le 28 août 1917, le groupe est affecté en Italie, jusqu’au 26 mai 1918. Le 27 juillet 1919, il est démobilisé et rejoint son domicile au 17, rue Trézel à Levallois.

Le 12 février 1921, à Levallois, Aimé Doisy (23 ans) épouse Marie, Simone, Doussot 20, ans (elle est née le 13 août 1900 à Paris 8è, décédée le 25 décembre 1989 à Levallois-Perret) elle travaille comme cartonnière et est domiciliée au 7, rue d’Alsace.
Le couple aune fille Gisèle, Raymonde, née le 19 novembre 1921 à Levallois (elle y est décédée en 2010).
En février 1923, le couple habite au 1, rue d’Alsace, à Levallois-Perret.
En août 1925, ils sont domiciliés au 3, rue Poyer à Clichy-la-Garenne, mais à partir de juin 1929, ils reviennent habiter au 17, rue Trézel à Levallois-Perret. En 1931, il est patron chauffeur.
Aimé Doisy est membre du Parti communiste. En 1936, lors du recensement, ll se déclare chauffeur de taxi, chez son père Auguste Doisy, qui a un garage rue Pasteur à Clichy.

Au moment de la déclaration de guerre, en septembre 1939, sa classe (1917, ramenée à 1915 parce qu’il est père d’un enfant) le rend mobilisable.
Le 27 décembre 1939, Aimé Doisy est affecté au Bataillon de l’air N°103. Il est démobilisé le 11 juin 1940.

Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de Nanterre et l’état-major  s’y  installe.
Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Registre journalier de la Brigade spéciale des RG

Aimé Doisy est arrêté le 9 octobre 1940, à Levallois, pour distribution de « tracts communistes » par deux inspecteurs de la Brigade spéciale des Renseignements généraux (Lire dans le site La Brigade Spéciale des Renseignements généraux) qui ont appréhendé le même jour et pour le même motif un de ses camarades Levalloisiens Germain Feyssaguet.
Un autre militant Levalloisien, André Montagne est arrêté le même jour par des agents du commissariat de Levallois.
Aimé Doisy et ses deux camarades sont envoyés au Dépôt de la Préfecture de police de Paris. Inculpés d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (« reconstitution de ligue dissoute », le 15 octobre Aimé Doisy, 
Germain Feyssaguet et André Montagne sont condamnés par la 12è chambre
correctionnelle à une peine de prison de quatre mois pour « propagande clandestine ». Ils sont écroués à la Santé, puis à Fresnes le 28 octobre
1940.
Le 10 janvier 1941, à l’expiration de sa peine, et en application du décret du 18 novembre 1939 (2), Aimé Doisy n’est pas libéré : considéré comme « meneur communiste très actif » il est interné administrativement au Centre de séjour surveillé d’Aincourt.
Lire  dans le site : Le camp d’Aincourt

Fiche des RG transmise au directeur du camp de Rouillé

Il est transféré ensuite au Centre de séjour surveillé de Rouillé, vraisemblablement en même temps que son camarade André Montagne le 6 septembre 1941, avec 148 autres détenus d’Aincourt au CSS de Rouillé (3). Lire dans le site : le-camp-de-Rouillé ‎

Liste des 168 internés envoyés à Compiègne (il est le n° 70).

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé (2) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne.
Le nom d’Aimé Doisy (n° 70 de la liste) y figure.

Le 22 mai 1942 c’est au sein d’un groupe de 168 internés (4) qu’il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).
La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz comme otages dans le convoi du 6 juillet 1942.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Roger Aimé Doisy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942.
Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45 157 » et « 46 326 », d’où le nom de « convoi des 45 000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces).
Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Aimé Doisy meurt à Auschwitz le 24 septembre 1942 d’après les registres du camp. Il décède d’une « maladie du coeur » d’après le « certificat de décès : l’historienne polonaise Héléna Kubica explique  comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz».
Lire dans le site : Des causes de décès fictives.

Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.

Le nom d’Aimé Doisy est inscrit au cimetière communal de Levallois-Perret, à gauche du rond-point précédant le monument aux Morts. « La Chambre syndicale des cochers-chauffeurs du département de la Seine – En hommage à ses camarades chauffeurs de taxi parisiens tombés dans les luttes pour l’émancipation des travailleurs pour la liberté, pour la démocratie, pour la France et pour la République« .
Cette plaque commémorative installée sur un monument funéraire, a été fleurie chaque année de ses mandatures par Parfait Jans, député, maire communiste de Levallois-Perret de 1965 à 1983. Ancien métallo inscrit sur les listes noires patronales, il était devenu lui aussi chauffeur de taxi avant son élection.

  • Note 1 : Six chauffeurs de taxi de Levallois-Perret ont été déportés dans le convoi des « 45000 »  :  Maxime ColletAimé DoisyPaul FaurieGermain FeyssaguetJean-Baptiste LoryJean Marétheux (courrier de Mme Faurie veuve de Paul Faurie). Après les grèves de 1938, plusieurs de ces militants communistes s’étaient fait embaucher à la « G7 » comme chauffeurs de taxi, après avoir été licenciés de leurs entreprises où ils étaient ébénistes, comptables ou électriciens…
  • Note 2 : Le décret du 18 novembre 1939 donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des « individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Classée «secret», la circulaire n° 12 du 14 décembre 1939, signée Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, fixe les conditions d’application du décret du 18 novembre 1939.(lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d’application du décret-loi du 18 novembre 1939.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti communiste dissous et maintenus au
    camp d’Ainc
    ourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venaient de prisons diverses et du camp des Tourelles (site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé).
  • Note 4 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés à cette date.

Sources

  • Courrier de Madame Faurie veuve de Paul Faurie, déporté dans le convoi du 6 juillet, avec 5 autres chauffeurs de taxi de Levallois.
  • Archives municipales de Levallois-Perret (état civil et recensements de 1931 et 1936).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division ou Pôle des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.

Notice biographique rédigée en novembre 2005 (complétée en 2016,  2019, 2021 et 2024) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique.
Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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