Robert Blais le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Robert Blais (commissariat d’Ivry  / Musée de la Résistance nationale) et « Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France »

Matricule « 45253 » à Auschwitz

Robert Blais : né en 1914 à Ivry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne) où il est domicilié ; O.S, tourneur chez Renault ; communiste ; arrêté comme otage communiste le 28 avril 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 19 septembre 1943.

Robert, Victor Blais est né le 6 novembre 1914 à Ivry-sur-Seine (Seine/Val-de-Marne).  Il habite au 9, impasse du Moulin-à-Vent à Ivry, ou au 173,  route stratégique.
Il est le fils d’Hélène Lebailly, née le 9 mars 1888 à Tinchebray (Orne), une des cadettes d’une famille de 6 enfants, et d’Eugène Blais son époux, charretier puis employé municipal. Ses parents se sont mariés le 18 mars 1906.
Robert Blais est né dans une famille nombreuse, de militants communistes, qui habite au 1, impasse du Moulin à vent à Ivry (Seine-Val-de-Marne) au moment de l’arrestation des deux frères, Raymond et Robert.
Son père, Eugène Blais, né le 6 août 1884 à Livarot (Calvados), était avant-guerre membre du sous-rayon d’Ivry et du 4ème rayon de la Région parisienne du Parti communiste.
Il est l’un des cadets d’une fratrie de neuf enfants (Cécile, née à Vire (Calvados) en 1906, Eugène, né à Bréançon (Seine-et-Oise / Val d’Oise) en
1908, Anna, née à Harravilliers (Seine-et-Oise / Val d’Oise) en 1910, André, né à Paris 9ème en 1912, Robert, Victor, né à Ivry en 1914, Adolphe, né à Ivry en 1917, Georges, né à Ivry en 1919, Raymond, Louis, né en 1922 à Ivry, et Suzanne, née à Ivry en 1925.

En 1921 la famille Blais habite au 9, rue du Bocage à Ivry. Le père et la mère sont charretiers. Cécile est employée, au chômage. Ils vont ensuite, avant 1926, déménager au 1, rue du Bocage à Ivry.
Au début de 1936, Robert habite toujours avec ses parents qui ont déménagé au 1, sentier du Moulin à Vent à Ivry (il est inscrit à cette date sur les listes électorales d’Ivry. Mais il déménage dans le courant de l’année avec son épouse (en effet il n’est pas mentionné lors du recensement de 1936). Ils sont encore cinq enfants à habiter chez leurs parents (Andrée est cartonnière, Adolphe est mécanicien, Georges est apprenti boulanger, et Suzanne est écolière). Leur père est employé communal à Ivry.

Robert Blais travaille comme tourneur chez Renault à Billancourt depuis le 27 février 1935. Il est embauché comme OS, puis comme tourneur à l’atelier 306 (montage des pièces de matériel de l’armée).  Le 8 juin 1935, il épouse, à Ivry, Marguerite Guibourg, ébarbeuse. Ils ont trois
enfants : Jacqueline, née le 1er octobre 1935, Simone, née le 19 décembre 1939 et Gilberte, née le 10 septembre 1941.

Robert Blais habite avec son épouse Marguerite au 19, rue Pierre Honfroy à Ivry.  Robert et Jacqueline Blais militent au Parti communiste et ils sont particulièrement actifs pendant le Front populaire (leurs fiches de police en font état).
Puis le couple déménage au 9, impasse du Moulin-à-Vent à Ivry (secteur du Fort, près du domicile de ses parents) au moment de son arrestation (mais peut-être le couple a-t-il déménagé dans les HBM du 173,  route stratégique, si l’on suit le bulletin municipal « Ivry ma ville » N° 422 de juin 2011). Il est mobilisé le 23 août 1939 et démobilisé le le 15 août.

Le 14 juin 1940 les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants. Fin juin, le fort d’Ivry est occupé par l’armée allemande, la Maison de santé et de nombreux logements sont réquisitionnés. L’armistice est signé le 22 juin. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « Révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Pendant l’Occupation, Robert Blais poursuit son activité dans la Résistance, distribue des tracts et des journaux clandestins chez Renault et dans le quartier du Fort à Ivry.

commissariat d’Ivry  / Musée de la Résistance nationale

Une fiche de police est établie à son nom par le commissariat d’Ivry le 6 septembre 1941 (le même jour que celle établie pour son jeune frère Raymond, qui a été arrêté deux jours avant). Elle mentionne : «militant fervent propagandiste, période PC et Front Populaire». Elle indique également qu’il est signalé le 14 septembre 1941 par les Renseignements Généraux (tout comme son père à la même date). (Les deux croix rouges signifient  «militants notoires et propagandistes»). Lire l’article Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000»

Robert Blais est arrêté à son travail chez Renault le 28 avril 1942 par la police allemande, aidée de la police française lors d’une rafle organisée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Cette rafle vise des militants du Parti communiste clandestin ou considérés comme tels. Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et le 28 juin, arrêtent 387 militants (avec le concours de la police parisienne), dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (le 26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de Police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat allemand de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats allemands dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire allemand est blessé à Malakoff). Lire le témoignage de Claude Souef : La rafle des communistes du 28 avril 1942 à Paris. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (le Frontstalag 122). Robert Blais est arrêté en même temps que son frère Raymond Blais, François Le Bris, Omer Proust et Pierre Raunier, tous d’Ivry.

Robert Blais est conduit ce même 28 avril 1942 au camp de détention allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).
Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Robert Blais est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Robert Blais le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Raymond Blais est enregistré à Auschwitz sous le numéro «45253» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais
du Musée d’Etat d’Auschwitz. La photo d’immatriculation à Auschwitz portant ce matricule (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Robert Blais travaille pendant une période dans le même Kommando que Gabriel Torralba (kommando Menuiserie, Holtzplatz, et DAW). Puis dans un des 38 Kommandos annexes, près de Katowice. Il tombe malade. Ramené à Auschwitz-I, il entre au Block 20 (le Revier, infirmerie du camp). Le 14 août
1943, il est toujours au Block 20, au moment où la quasi-totalité des Français survivants entre en quarantaine au Block 11. Lire l’article du site « les 45000 au block 11. André Montagne se souvient d’être parti du block 20 où il était infirmier en septembre, en y laissant plusieurs «45000».

Robert Blais meurt au Revier d’Auschwitz le 19 septembre 1943 selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais
du Musée d’Etat d’Auschwitz. Après la guerre, l’état civil français fixe la date de son décès au 15 novembre 1943 sur la base des témoignages (plus ou
moins précis) de deux de ses compagnons de déportation. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 24 juillet 1987 paru au Journal Officiel du 10 septembre 1987). Cet arrêté porte toujours la date inexacte du 15 novembre 1943. Robert Blais est homologué au grade d’adjudant au titre de la Résistance Intérieure Française (1948). Il est déclaré «Mort pour la France».

Son frère Raymond, déporté avec lui est mort également à Auschwitz le 15 décembre 1942.  Le 27 juillet 1945, le conseil municipal attribue le nom de Robert Blais et de son frère cadet Raymond à l’impasse du Moulin à vent (rue des Frères Blais).

  • Note 1 : 524 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Supplément au numéro 1319 du « Travailleur »

    « Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France », supplément au numéro 1319 du « Travailleur », brochure de 120 pages, Ivry, 1970. photo p. 93).

  • Témoignages de Jean Thomas et André Montagne.
  • Témoignage de René Besse 18 avril 1982.
  • Témoignage de Marguerite Blais, sa veuve.
  • Listes – incomplètes – du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (archives des ACVG).
  • © Photo Ivry 94.fr
  • © Photo des barbelés d’Auschwitz : Claudine Cardon-Hamet
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Ivry94.fr, le portail citoyen de la ville d’Ivry-sur-Seine.
  • Service des Archives municipales d’Ivry, (Mme Rault, 1992), esplanade Georges Marrane.
  • © Photo d’identité et photo de la fiche de police du commissariat d’Ivry /Musée de la Résistance Nationale à Champigny : tous mes remerciements à Céline Heyten.
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • Archives en ligne de Paris et Gentilly, recensements et élections.

Notice biographique rédigée en 2003, installé en 2012 mise à jour en 2015, 2020 et 2022, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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