Léopold Burette : né en 1892 à Saint Valéry-en-Caux (Seine-Inférieure) ;  domicilié à Boulogne-Billancourt (Seine) ; ouvrier agricole, briquetier, manœuvre chez Renault ; communiste et / ou adhérent CGT ; arrêté le 5 décembre 1940 ; ;  interné aux camps d’Aincourt, Rouillé et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 18 septembre 1942.

Léopold Burette est né le 16 juillet 1892 à Saint Valéry-en-Caux (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Au moment de son arrestation, Léopold Burette habite au 49, rue du Dôme à Boulogne-Billancourt (Seine / Hauts de Seine). Il est le fils d’Eugénie Thierry, 28 ans et d’Arcade Burette, 29 ans, son époux, tous deux
journaliers, demeurant rue Saint-Léger.
Léopold Burette déclare travailler comme mineur (fiche matricule militaire) lors de son incorporation. En fait, orphelin de père et mère, il parcourt le pays au gré d’embauches depuis 1911.
Il est plusieurs fois condamné pour des délits mineurs (fraude à la douane, infraction à la police des chemins de fer, mendicité, vagabondage) à Boulogne, Lille, Gien, Montpellier, Limoges et Chartres le 5 mai 1914, où il est condamné à deux mois de prison, ce qui constitue sa plus grosse condamnation (celles-ci sont amnistiées en 1938).
Conscrit de la classe 1912, c’est à partir de son incarcération à Chartres que Léopold Burette est rattrapé par la mobilisation  générale. En vertu des articles 4 et 5 du décret du 28 décembre 1900 relatifs aux « exclus de l’armée » (il n’a pas répondu à son ordre d’appel aux armées en 1912, n’ayant pas de domicile fixe), il est mis à disposition des ministres de la guerre et des colonies « qui déterminent les travaux auxquels ils seront affectés ». Immatriculé aux sections métropolitaines d’exclus, il est envoyé en Tunisie et affecté dans l’armée d’Afrique le 1er septembre 1914 au 4ème bataillon d’infanterie légère d’Afrique (BILA) (1), un des fameux Bat’ d’Af’, stationné à Gabès, en Tunisie.
Deux compagnies de ce régiment vont être envoyées en Belgique et en métropole. Léopold Burette est dans l’une d’elles. Elles débarquent à Dunkerque le 3 novembre 1914 et sont engagées en Belgique dès le 5 du mois. Le 15 avril 1915, Léopold Burette est blessé à la cuisse droite
et gauche par éclats d’obus et évacué. Le 18 décembre 1915, il passe au 5ème Bataillon d’infanterie légère d’Afrique. Il est blessé « à l’ennemi »
(blessures multiples) le 17 mai 1916, et évacué. Le 25 octobre 1916, la commission de réforme de la Seine n°5 le classe dans le service auxiliaire pour amputation de l’annulaire droit (blessure de guerre) : il est alors classé service armé COA (inapte infanterie, artillerie et train).
Léopold Burette rejoint le dépôt du corps de Gabès le 3 novembre 1916. Le 3 janvier 1917 il est réintégré au 28ème Régiment d’infanterie d’Évreux (parti le 14 janvier de Tunis, il arrive au corps le 20).
Le 13 février 1917, il est affecté à la SM (section de mitrailleuses ?) de Vernon. Mais le 15, il est renvoyé au dépôt. Le 23 juillet 1917, il passe au  3ème C.O.A. (Commis et Ouvriers militaires d’Administration). Il est dirigé sur le dépôt le 8 octobre.
Il est alors placé en « sursis » d’affectation du 9 au 31 octobre 1917, chez lui au Cormier. Il y travaille comme démêleur (briquetier).

Léopold Burette épouse Lucienne Taillandier, employée de bureau, le 18 juillet 1917 au Cormier (Le Cormier, près de Dieppe, Seine-Inférieure / Seine-Maritime. Elle est décédée en 1971). Le couple a une fille, âgée de 21 ans au moment de l’arrestation de son père. Elle est atteinte d’une maladie incurable.
Léopold Burette est placé en sursis d’appel jusqu’au 15 février 1919 au gré des différentes commissions de réforme auxquelles il est présenté
(certaines le déclarent « apte à tous les fronts», « apte aux armées, y compris armée d’Orient », mais le sursis est prolongé et il participe aux moissons. En juillet 1918, il est embauché comme «engreneur de machine à battre» (ouvrier agricole qui enfourche le blé à la batteuse) par M. Drouet à Saint-André-de-l’Eure. Il est mis en « congé illimité de démobilisation » le 12 avril 1919, avec certificat de bonne conduite.
Le 21 mai 1919, la famille Burette vient habiter en région parisienne, à Cormeilles-en-Parisis.
Le 21 avril 1920, la commission spéciale de Versailles le propose pour une pension permanente d’invalidité de 10 % pour : « Blessé en 1916, amputation de l’annulaire droit et raideur en extension de l’articulation métacarpo-phalangienne du petit doigt – dans la flexion complète, la pulpe de ce doigt reste distante de la paume de trois centimètres, cicatrice région deltoïdienne droite (…), petites cicatrices région frontale Droite(…) de plaies multiples par éclats d’obus ».

49, rue du Dôme à Boulogne-Billancourt

En décembre 1935, il habite au 49, rue du Dôme à Billancourt.
A partir de cette date, Léopold Burette est manœuvre aux Usines Renault à Billancourt. Dans cette période, il adhère sans doute à la CGT et / ou au Parti communiste (les Renseignements généraux le désignent comme « meneur particulièrement actif et dangereux »)

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Léopold Burette est arrêté le 5 décembre 1940 (ACVG) par la police française, à Boulogne, dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine (élus, cadres du Parti
et dela CGT). Il fait partie des 23 militants syndicalistes et / ou communistes ayant travaillé ou travaillant chez Renault au moment de leur arrestation qui vont être déportés à Auschwitz le 6 juillet 1942. Lire dans le site : 26 militants communistes et syndicalistes des usines Renault de Boulogne-Billancourt déportés à Auschwitz le 6 juillet 1942.

Il est interné administrativement le 6 décembre par décision du Préfet de Paris Roger Langeron, avec ses camarades, au CSS (Centre de séjour
surveillé) d’Aincourt, en Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), ouvert spécialement, en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le site : Le camp d’Aincourt).

Liste des militants communistes internés administrativement le 6 décembre 1940. Montage à partir du début de la liste. © Pierre Cardon

Les Renseignements généraux font parvenir au directeur du camp d’Aincourt une liste comportant les motifs d’internement administratif des militants communistes qui lui ont été amenés au camp le 6 décembre 1940. Pour Léopold Burette on peut lire « Meneur
communiste particulièrement actif et dangereux
« .  (C 331/7). Lire
dans le site : le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines.

Le 6 septembre 1941 il est transféré avec 148 autres internés venant du camp d’Aincourt (1) au Centre de Séjour Surveillé (CSS) de Rouillé (3).

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom deLéopold Burette (n° 42 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (4) qu’il
arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Le 6 juillet 1942, il est dans le même wagon que Louis Boccard qui commence à écrire une lettre à son épouse en gare de  Compiègne. Il la jettera sur le ballast et elle sera ramassée par des cheminots, et postée. Lire dans le site l’article : les Lettres jetées du train. « 9 heures moins le quart et le train
s’ébranle à l’instant, ainsi que l’écriture. Nous sommes 45 par wagon, avec deux petites ouvertures et un vieux bidon pour nos besoins. Cà va sentir bon
plusieurs jours comme çà. Enfin faut pas s’en faire et le moral est toujours excellent
. Il donne les noms de camarades qui sont dans le même wagon que
lui : Burette (Léopold Burette), Moyen (Raymond Moyen), un petit gars  de la Chaussée du Pont nommé Guilbert (Marcel Guilbert, dit « Mickey »), un
de la rue d’Aguesseau
(il s’agit de Fernand Lafenetre), Platteaut (Marcel Platteaut),Henri Duplat (Henri Duplat) etc…etc… »

Depuis le camp de Compiègne, Léopold Burette est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

L’entrée du camp principal d’Auschwitz

On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942
Le numéro «45314 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo  d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Léopold Burette meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 450
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (Journal Officiel du 28 octobre 1999). Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait mort le 6 juillet 1942 à Brix mentionne néanmoins encore une date erronée : décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz, soient les 5 jours prévus
par les textes en cas d’incertitude quand à la date réelle de décès à Auschwitz. Or celle-ci est pourtant connue ! Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).

Léopold Burette est homologué comme « Déporté politique ». Il est homologué (GR 16 P 97648) au titre de la Résistance intérieure française
(RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance .
Par un arrêté de 1950 paru au Journal Officiel du 24 mai 1950, il est homologué comme « Sergent » à titre posthume au titre de la Résistance intérieure française, avec prise de rang au 5 décembre 1950.

  • Note 1 : Contrairement à une opinion répandue les BILA n’étaient sont pas des unités disciplinaires au sens strict. Elles ont néanmoins accueilli dans leur rang des jeunes hommes déjà condamnés dans le civil, au moment ou ceux-ci devaient faire leur service militaire, et des militaires sanctionnés après leur passage dans des compagnies de discipline. Cependant il est clair qu’il y régnait une discipline bien plus forte que dans les autres unités de l’armée. Sur les drapeaux des 4ème et 5ème BILA figurent les mentions : Maison du Passeur 1914, Verdun 1916, Reims 1918, La Suippe 1918.
  • Note 2 : Le 14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant 149 internés provenant d’Aincourt et arrivés à Rouillé le 6 septembre (doc C-331.24).
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.Note 4 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.

Sources

  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en ACVG juillet 1992.
  • © Archives en ligne de Seine-Maritime. Etat civil et Registre matricule militaire.
  • Liste du commandant du Centre d’Internement Administratif du 14 octobre 1941 / C 331-25. Archives de la Préfecture de Police.
  • Liste du 22 mai 1942, transfert de Rouillé vers Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Madame Le Clanche, Archives municipales de Boulogne, mai 1990.
  • © Archives en ligne de Seine Maritime.
  • © Site Interne tWWW. Mortsdanslescamps.com
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau /collection André Montagne
  • © VRID. Photo du camp de Rouillé.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d’Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.

Notice biographique rédigée en novembre 2005 (complétée en 2016,  2019 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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