Gaston Ruan le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Gaston Ruan (note 1)

Matricule « 46.084 » à Auschwitz

Gaston Ruan : né en 1889 à Paris 15ème ; domicilié à Alfortville (Seine / Val de Marne) ; ajusteur-mécanicien, appariteur-outilleur ; conseiller municipal communiste ; arrêté le 25 juillet 1940 (Santé), relâché le 4 octobre 1940, arrêté à nouveau le 10 octobre 1940, interné au camp d’Aincourt, Maisons centrales de Fontevraud et Clairvaux ; camps de Rouillé et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 22 août 1942.

Gaston Ruan est né le 16 avril 1889 à Paris 15ème. Il habite au 30, quai d’Alfortville à Alfortville (Seine / Val de Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Célina Patu, 27 ans et d’Armand Ruan, 27 ans, employé municipal son époux. Ils habitent au 11, rue Pérignon à Paris 15ème.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 64, a les cheveux et sourcils châtains foncés, les yeux gris, le front ordinaire, le nez fort, la bouche moyenne, le menton rond et  le visage ovale. Il a une cicatrice à la lèvre inférieure.

Au moment de l’établissement de la fiche, il est ajusteur-mécanicien. Il sera ensuite appariteur (code 37) outilleur.
Il est domicilié chez ses parents au 29, rue des Peupliers à Alfortville (Seine). Il a un niveau d’instruction n° 2 pour l’armée (sait lire et écrire).
Conscrit de la classe 1909, il est appelé sous les drapeaux le 1er octobre 1910, affecté au 5ème Régiment de chasseurs. Après l’instruction militaire (les « classes »), il est transféré en septembre 1911 à la 5ème Compagnie de cavaliers de remonte. Il est libéré de ses obligations militaires le 25 septembre 1912, « certificat de bonne conduite accordé ».

Le 21 mars 1914 à Maisons-Alfort, Gaston Ruan épouse Marie-Louise Dufouilloux (2) métallurgiste. Elle est née le 19 novembre 1894 à Magnac-Laval (Haute-Vienne). Le couple aura deux enfants. Raymonde, née le 3 mars 1915 à Paris 15ème et Alphonse, Gaston, né le 14 juin 1917 à Maisons-Alfort. Le couple habite jusqu’au 1eraoût 1914 au 4, rue Eugène Renault à Maisons-Alfort (Seine).
Le 1er août 1914 la mobilisation générale est décrétée. Gaston Ruan est « rappelé à l’activité militaire » le 3 août 1914 et mobilisé au 19ème Escadron du Train des équipages à Paris. Il est démobilisé le 1er avril 1919.
Dès 1927, la famille va habiter au 30, quai d’Alfortville à Alfortville. Gaston Ruan est alors ajusteur-outilleur.
En 1925, membre du Parti communiste, Gaston Ruan est candidat (non élu) le 3 mai sur la liste du Bloc Ouvrier et Paysan aux élections municipales à Maisons-Alfort, où il réside alors.

Le 30, quai d’Alfortville

Il vient habiter Alfortville en 1927, où il est élu au second tour des municipales le 12 mai 1929 sur la liste du Parti communiste dirigée par Marcel Capron.
Il est embauché le 1er juillet 1932 comme enquêteur à la Ville d’Ivry (selon sa fiche de police du commissariat d’Ivry). Selon son fils cette embauche a seulement lieu le 3 juillet 1935, à titre temporaire, et il ne sera titularisé que le 30 mars 1937. Et pour le Maitron, il est embauché le 1er avril 1938)…
Le 5 mai 1935, il est réélu sur la liste de Marcel Capron.
La mise à jour de sa fiche de police le 12 mai 1941 par le commissariat d’Ivry (lire dans le site : Le
rôle de la police française (Rouen, Ivry et Vitry, BS1)
permet de connaître son parcours militant, syndical et politique.
« Militant actif inconnu aux SJ (Services de recherche judiciaire) a été membre du Syndicat Unitaire des
employés et ouvriers des Communes de la Seine et du rayon d’Alfortville de la région Paris Est du PC. Elu Conseiller Municipal d’Alfortville en 1929 et réélu en 1932
« .

2 croix soulignées de rouge
Suivent les 2 croix soulignées d’un trait rouge signifiant
« militants notoires et dangereux s’étant faits remarquer particulièrement« .

Selon le registre du recensement de 1936 d’Alfortville, Gaston Ruan travaille comme outilleur à la Mairie d’Ivry.
Leurs enfants habitent avec leurs parents. Raymonde est sténo à la mairie d’Alfortville, et Alphonse est employé chez Desmarais à Ivry (il est inscrit sur les listes électorales d’Alfortville de 1939).
A la déclaration de guerre, Gaston Ruan n’est pas mobilisé, mais maintenu à disposition du Ministère de la guerre pour la défense passive.
Gaston Ruan est déchu de son mandat électif le 1er mars 1940  « pour n’avoir pas rompu tout lien de solidarité avec les activités interdites par la loi« .

Avis paru dans le Patriote Résistant n° 220, 1987

Selon un avis de « recherche » publié dans le « Patriote Résistant » n° 220 de 1987, Gaston Ruan a été arrêté dès 1939, « par la police de Daladier », et libéré « à la débâcle ». Cette «libération» n’a pu intervenir que s’il était écroué à Fresnes (quelques libérations y ont eu lieu après l’arrivée des Allemands à Paris) ou au cours de l’«Exode des prisons » (3).
Le 10 février 1940, leur fille Raymonde épouse René Carcy à la mairie d’Afortville.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France.. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Il renoue alors contact avec ses camarades du Parti communiste devenu clandestin après sa dissolution le 26 novembre 1939. Le 25 juillet 1940, Gaston Ruan est l’un des organisateurs avec Henri Hannhart et Gilbert Lasséchère, ex-conseillers municipaux, d’une manifestation d’opposition à la « Délégation spéciale » mise en place à Alfortville en octobre 1939 par le gouvernement Daladier : il est arrêté le soir même à 19 heures par les agents du commissariat de Charenton.

PV du 7 octobre 1940

Neuf « meneurs », ex élus communistes des villes de Maisons-Alfort et d’Alfortville sont arrêtés par la police pour « attroupement de rue et manifestation non approuvé par les autorités allemandes » (il s’agit d’Henri Hannhart, Gaston Ruan et Gilbert Lasséchère d’Alfortville, d’Alphonse Bernhard, Paul Giloux, Marcel Névraumont, Fernand Saguet, Edmond Verrier, Maurice Wind de Maisons-Alfort).
Ils sont conduits au commissariat du 12ème, puis au Dépôt, puis à la Maison d’arrêt de la Santé le 26 juillet.
Ils sont relâchés le 4 octobre, après intervention des autorités allemandes (4) « vu la fragilité de cas, rien ne peut être retenu contre« , et après qu’ils aient signé un engagement à « ne pas faire de propagande contre les autorités occupantes« .

Durant toute cette période la Préfecture de police effectue des démarches pour que les
autorités allemandes ne contrecarrent pas la répression anticommuniste poursuivie
par Vichy et demande aux commissariats de faire « remonter » toutes les affaires au cours desquelles les autorités allemandes ont fait libérer des communistes.

il est à peu près certain que tous ces militants vont reprendre une activité. Leur arrestation s’impose donc« .

Et c’est ainsi que le 7 octobre 1940, le commissaire de police de la
circonscription de Charenton rend compte au directeur des RG de l’arrestation des 9 meneurs le 25 juillet précédent et de leur libération le 4 courant. Il spécifie à son attention : « il est à peu près certain que tous ces militants vont reprendre une activité. Leur arrestation s’impose donc« .

Le camp d’Aincourt, in blog de Roger Colombier

Gaston Ruan et ses huit camarades sont à nouveau arrêtés le 10 octobre 1940, emmenés au Dépôt de la Préfecture et par décision du Préfet de Paris, Roger Langeron, « internés
administratifs » au camp de « Séjour surveillé » d’Aincourt ouvert spécialement le 5 octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le site : Le camp d’Aincourt).
En décembre 1940 le CSS d’Aincourt est totalement rempli. Les autorités françaises examinent des solutions pour le désengorger : transfert des éléments les plus dangereux à Fontevraud le 4 décembre (5) et  » transportation en Afrique du
Nord (6).

Les « cages à poules » où étaient enfermés les internés

Gaston Ruan fait partie des « 100 communistes les plus dangereux«  qui sont transférés le 4 décembre 1940 à la Maison centrale de Fontevraud (Maine-et-Loire), considérée comme la centrale pénitentiaire la plus dure de France, avec celle de Clairvaux. Quatre-vingt militants communistes – emprisonnés à Fresnes, la Santé ou Poissy avant la fin de la guerre, où ils purgeaient de lourdes peines de prison – y ont été incarcérés depuis juin 1940, devant l’avancée allemande.
Il y côtoie Henri Asselineau qui sera déporté avec lui à Auschwitz, Gaston Bernard, Fernand Alby (maire du 13ème à la Libération), Lucien Chapelain (maire-adjoint communiste de Bondy), qui seront également déportés dans des camps de concentration allemands et qui témoigneront de la dureté du régime pénitentiaire à Fontevraud.
De Fontevraud, Gaston Ruan est transféré à Clairvaux le 20 janvier 1941. Le groupe d’internés parmi lesquels il se trouve transite par les gares de Saumur et d’Austerlitz. Ils sont rejoints à la gare de l’Est par un groupe de 68 autres militants communistes, arrêtés le jour même à Paris. A leur arrivée à « l’arrêt Clairvaux » de la gare de Ville-sous-la-Ferté, ils sont transférés à Clairvaux par rotations d’un unique wagon cellulaire, escortés par des gardes mobiles (souvenirs de Pierre Kaldor et d’Henri Hannhart). Lire dans le site : La Maison centrale de Clairvaux
A Clairvaux le directeur du camp reçoit le 26 février 1941, via le préfet de police de l’Aube, un courrier émanant du Préfet de police délégué (Camille
Marchand) – une liste répertoriée comme « confidentiel » de « militants communistes internés administrativement au centre d’Aincourt, conduits le 4-12-40 à la prison de Fontevraud et transférés le 20-01-41 à la Maison centrale de Clairvaux » dont le nom est accompagné des motifs de l’arrestation.

RG : liste de renseignement concernant les internés à Clairvaux

Pour Gaston Ruan sont les mêmes mentions qu’à Aincourt : « ex cons. Munc.pal com. d’Alfortville. A été l’un des principaux organisateurs de la manifestation du 25-07-40 ayant pour but de reprendre possession de la mairie d’Alfortville « .

Le camp de Rouillé in VRID

Le 23 septembre, le préfet Jean-Pierre Ingrand, représentant du ministre de l’Intérieur au sein de la délégation de Vichy auprès des Allemands, demande au préfet de l’Aube de retirer de Clairvaux les internés administratifs qui y sont « hébergés ». Le 26 septembre 1941, Gaston Ruan est transféré au CSS de Rouillé (7) où il arrive le 27 avec un groupe d’une cinquantaine d’internés. Lire dans ce site :  le camp de Rouillé ‎.
Le 9 février 1942, il fait partie d’un groupe de 52 internés communistes du CSS de Rouillé remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Gaston Ruan est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.          

Grâce au bulletin municipal d’Alfortville de 1947 communiqué par M. Serge Samyn (1), on connait désormais son immatriculation à Auschwitz, en comparant son portrait d’avant guerre et le visage du déporté immatriculé «46084» le 8 juillet 1942.

La photo d’immatriculation (9) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Gaston Ruan meurt à Auschwitz le 22 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1037 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).

Bulletin municipal de la ville de Paris, le 4 novembre 1944

Le 4 novembre 1944, un arrêté du Préfet de la Seine Marcel Flouret, confirme les propositions présentées par le Comité de Libération d’Alfortville pour administrer provisoirement la commune en attente des élections de 1947.

Le Comité de Libération a choisi de renommer d’anciens élus, suspendus en 1939 par le gouvernement Daladier (8), puis déportés ou internés : parmi eux Gilbert Lassechère, interné à Aincourt et Fontevrault, Henri Hannhard, alors encore en Allemagne et Gaston Ruan, décédé à Auschwitz en 1942.  Ironie administrative : La nomination de Gaston Ruan à la délégation spéciale est rapportée par le Préfet
le 8 mars 1945 « considérant que M. et Mme Ruan ne peuvent pas siéger simultanément (Loi de 1884)…

Le nom de Gaston Ruan est honoré sur une plaque apposée dans le square Jean Albert (mairie d’Alfortville). Son nom est également inscrit sur la plaque dédiée « A la mémoire des employés de la
ville d’Ivry-sur-Seine morts pour la France, 1939-1940
», dans le hall de la mairie. Une cellule du Parti communiste du quartier du confluent a porté son nom.

Un arrêté ministériel du 18 février 1999 paru au Journal Officiel du 8 mai 1999, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Gaston Ruan. Mais reprend la date erronée portée sur l’avis du 19/10/ 1946 : « décédé le 15 novembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date 

Bulletin municipal octobre 1947

portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

  • Note 1 : C’est grâce au témoignage d’un ancien d’Alfortville, M. Serge Samyn, qui nous a
    fait parvenir des photographies de Gaston Ruan, parues dans un bulletin municipal spécial électoral d’octobre 1947, qui rendait également hommage aux victimes des nazis, que nous pouvons publier la photographie d’Albert Ruan, ainsi que celle de son épouse, qui fut à la Libération la quatrième adjointe au Maire d’Alfortville (note 2).
    M. Serge Samyn m’écrit (mail du 4 mars 2015 : « Trop jeune pour avoir connu Gaston Ruan, j’ai simplement entendu parler de lui, lorsque j’étais adolescent, dans le Nord d’Alfortville au milieu des années 1970. Dans ce quartier, un homme d’une soixantaine d’années vendait
    le journal l’Humanité tous les dimanches, au coin d’une rue. Tout le monde le

    Marie-Louise Ruan en 1947

    connaissait et à divers occasions il m’arrivait de lui donner un coup de main (c’était l’époque du Programme commun et nous étions remplis d’espérance, ou d’illusions, comme on veut…). Il m’arrivait fréquemment de poser des questions à cet homme, sur des événements passés dont il avait été le témoin.
    Il militait dans une cellule baptisée : Ruan… »Cellule Ruan », ce nom revenait souvent, mais qui était Ruan ? On m’apprit qu’il s’agissait d’un élu, mort en déportation. Parmi les quelques  personnes qui l’avaient connu,  il laissait le souvenir d’un homme courageux et dévoué. Malheureusement je n’ai pas de témoignage particulier, à l’exception de ce bulletin municipal. Bien que ne vivant plus à Alfortville, je reste attaché à ce petit quartier du confluent et à ceux qui font partie de son histoire. Voilà pourquoi je n’avais pas oublié Gaston Ruan ».  

  • Note 2: « Sa femme, née Marie-Louise Dufouilloux, métallurgiste, reprit le flambeau à la Libération. Elle fit partie du conseil municipal provisoire d’Alfortville (arrêté du 4 novembre 1944), conserva son siège en 1945 et devint deuxième adjointe au maire. Elle ne fut plus candidate à partir de 1953 » (Le Maitron). Elle est décédée le 26 septembre 1971 à Créteil.
  • Note 3 : « Exode des prisons ». Les prisons parisiennes de la Santé et du Cherche-Midi sont évacuées manu militari à partir du lundi 10 juin 1940, sur ordre de Georges Mandel, ministre de l’Intérieur. Le repli concerne plus de deux mille détenus. Cette opération a pour but de transférer ces détenus de la « prison militaire de Paris » au Camp de Mauzac (Dordogne). Au bout de cinq jours (le samedi 15 juin 1940) au départ du camp de Cepoy (Loiret), près d’un millier de détenus ont réussi à s’échapper. 1 040 détenus de la prison militaire sont entraînés dans un exode qui va les conduire, à pied, jusqu’à Châtillon-sur-Loire. Cet épisode est connu sous le nom de « colonne de Cépoy ».
  • Note 4 : Fin juin 1940, période qui suit l’arrivée des Allemands à Paris, une partie de la direction communiste clandestine croit pouvoir obtenir de ceux-ci la reparution de L’Humanité et des démarches sont effectuées en ce sens. Parallèlement, elle suscite des manifestations en direction des villes administrées par des « délégations spéciales » depuis octobre 1939 sur les thèmes : « Pour la réintégration de nos élus propres et honnêtes » et « réintégrez les communistes ».
  • Note 5 : note du 28 décembre 1940 « Ce centre étant entièrement rempli, j’ai dû, en présence de la nécessité de continuer les internements pour enrayer la propagande communiste, prendre la décision d’envoyer à la prison de Fontevraud les 100 plus dangereux, et notamment les anciens députés communistes, mais cette situation ne saurait s’éterniser, ces locaux ne pouvant, en aucun cas, continuer à servir de centre d’internement
  • Note 6 : Le préfet Ingrand représentant du ministre de l’Intérieur au sein de la délégation de Vichy auprès des Allemands à Paris, envisage la « transportation » des individus les plus dangereux du camp en Afrique du nord, suivant en cela les préconisations du cabinet De Brinon (1) : le 28 décembre 1940, note du cabinet de De Brinon au chef du 2ème bureau : « Jusqu’en novembre dernier, le seul camp dont la création avait été autorisée officiellement par les Autorités allemandes, était celui du sanatorium d’Aincourt, pouvant contenir environ 500 personnes et qui était uniquement destiné à recevoir les indésirables français de la Seine et de Seine-et-Oise. (…). J’ai demandé, à plusieurs reprises, que l’on envisage le transfert, en Afrique du Nord, des individus les plus dangereux qu’un coup de main pourrait facilement délivrer en raison des faibles moyens de gardiennage et de l’armement insuffisant du personnel ».
  • Note 7 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 8: Le 4 octobre 1939, le gouvernement Daladier promulgue un décret, en application de l’article 3 du décret du 26 septembre 1939 interdisant les organisations communistes,  qui suspend les conseils municipaux à majorité communiste élus dans 27 communes de la Seine (dont Alfortville) et dans 34 en Seine-et-Oise « jusqu’à la fin des hostilités » et les remplace par des « délégations spéciales ». 
  • Note 9 : 524 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2012. La notice biographique a été rédigée par Claude Pennetier (tome 41, page 17).
  • Avis de recherche dans le Patriote Résistant n° 220 (1987), lancé par son fils après le décès de sa veuve.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée juillet 1992.
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès verbaux des interrogatoires.
  • Archives de la police APP / BA 2374 Clairvaux : archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • Mel de M. Serge Samyn et bulletin municipal d’octobre 1944.

Notice biographique mise en ligne en 2013, complétée en 2017 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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