Roger Gauthier à Auschwitz, 8 juillet 1942

Matricule « 45.583 » à Auschwitz   Rescapé

Roger Gauthier : né en 1908 à  Vierzon-Forges (Cher) ; domicilié à l'Orme-à-Lieue (Cher) ; ajusteur ; syndicaliste Cgt et communiste ; arrêté le 22 décembre 1941 et le 1er mai 1942 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, Gross-Rose, Hersbrück, Dachau ; rescapé décédé le 14 juillet 1975.

Roger, Marius Victor Gauthier est né le 24 novembre 1908 au 24, rue Etienne Marcel à  Vierzon-Forges (rattaché à Vierzon en 1937, Cher). Célibataire, il habite chez ses parents, à l’Orme-à-Lieue (près Vierzon) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Hubert, 28 ans, sans profession et de Victor Gauthier, 32 ans, cultivateur.
Il travaille comme ajusteur. Il est communiste et syndicaliste.
Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent Bourges dès le 19 juin 1940. L’armistice est signé le 22 juin. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Avec un terrain d’aviation, une usine d’avions, des Etablissements militaires, Bourges ne suit pas la logique de la « zone de démarcation » – l’Yèvre prolongeant le Cher –  et reste en zone occupée. Dès le début de l’Occupation allemande, la police de Vichy a continué de surveiller les anciens élus, candidats ou militants communistes « notoires », procédé à des perquisitions et des arrestations. Vichy entend ainsi faire pression sur les militants communistes connus ou anciens élus pour faire cesser la propagande communiste clandestine.

L’Emancipateur du 29 juin 1945

Roger Gauthier est arrêté une première fois le 22 décembre 1941 « par la police française sur mandat du commissaire Lamazère, accusé d’appartenir au Parti communiste clandestin, je fus conduit à la prison de Bourges. L’enquête se poursuivit. Je fus relâché le 8 janvier, car l’accusation ne put fournir aucune preuve de mon activité au parti » (citation dans l’article de Roger Gauthier publié dans 3 numéros de l’Emancipateur (les 29 juin et 6 et 13 juillet 1945). Lire son récit dans ce site De Vierzon à Auschwitz : martyrs du nazisme

Roger Gauthier est arrêté par deux gendarmes allemands le 1er mai 1942, à 3 heures du matin, dans la même opération de représailles que  Moïse LanoueMarcel Perrin, Roger Rivet, et Maurice Trouvé qui seront déportés à Auschwitz dans le même convoi que lui le 6 juillet 1942.

Mais selon Marcel Cherrier, un des dirigeants de la Résistance communiste, ces arrestations qui touchèrent une quarantaine de militants communistes à Vierzon et une trentaine à Bourges, il s’agissait d’une rafle opérée en représailles à la fusillade contre deux Felgendarmen à Romorantin le 30 avril 1942, ce que confirme M. Marcel Demnet : Lire dans le blog, l’article  : Romorantin le 1er mai 1942 : un Feldgendarme est tué, un autre blessé. Arrestations, exécutions et déportations  

Sicherheitspolizei (« Police de sûreté ») Kommando d’Orléans au Préfet du Cher.

Cette affirmation est désormais confirmée par le document allemand ci-contre qui figure au Musée de la Résistance de Bourges, et dont nous n’avons eu connaissance qu’en 2016. La Sicherheitspolizei (« Police de sûreté») Kommando d’Orléans répond au Préfet de Bourges : « En réponse à votre lettre du 19 janvier (1943) nous vous faisons connaître que MM Perrin Marcel et Rivet Roger arrêtés à la suite de l’attentat de Romorantin, ont été conduits le 6.7.42 dans un camp situé en Allemagne » .

Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, de jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin lorsqu’ils sont surpris par deux Feldgendarmen. Un jeune, chargé de la protection des afficheurs, ouvre le feu. Un Feldgendarme est tué, l’autre grièvement blessé.

Les arrestations des 1er et 2 mai 1942 ont touché plusieurs départements de la région militaire. Six jeunes otages communistes sont fusillés le 5 mai, cinq autres le 9 mai 1942.
Roger Gauthier et ses camarades sont gardés dans l’une des caves de l’Hôtel de ville, à Vierzon, puis incarcérés à la prison de Bourges (dite « le Bordiot« ), et, la veille du départ, dans la salle des Pas ­perdus en gare de Vierzon. A la demande des autorités allemande, ils sont internés le 8 mai 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), en vue de leur déportation comme otage. Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Roger Gauthier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Roger Gauthier est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45.583 ».
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale »

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

A Auschwitz I, Roger Gauthier, ajusteur, est d’abord affecté au DAW (Deutsche Ausrüstungswerke), fournitures militaires, armement.

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l’article du site « les 45000 au block 11. Après la quarantaine au Block 11, il est affecté au kommando de Cracovie (anciennes mines de sel, où ont été installés des ateliers de montage de moteurs d’avions).
Le 7 septembre 1944, il fait partie des trente « 45.000 » qui partent d’Auschwitz pour le camp de Gross-Rosen où ils sont enregistrés. 

Les « 45000 » de Gross-Rosen/ cahier de Johann Beckmann

Roger Gauthier y reçoit le n° matricule « 40.999 ». Après une quarantaine, les « 45 000 » sont répartis dans divers kommandos, dont une dizaine sont affectés aux usines Siemens. Roger Gauthier est parmi eux. Lire dans le site , « les itinéraires suivis par les survivants ». Entre le 8 et le 11 février 1945, dix-huit « 45000 » sont à nouveau transférés. Ils sont enregistrés à Hersbrück : Roger Gauthier y reçoit le n° « 84.634 »).

Le 8 avril 1945, les dix-sept « 45 000 » restants partent à pied de Hersbrück pour Dachau où ils arrivent, le 24 avril 1945. Roger Gauthier et ses camarades y sont libérés le 29 avril 1945 par les troupes américaines.
Il rentre en France le 27 mai 1945, via Mulhouse, rapatrié par la Croix-Rouge : il est très diminué. Il n’a plus jamais cessé de souffrir de maux multiples et handicapants : grande fatigue, troubles vasculaires et vasomoteurs, insuffisance coronarienne, dyspnée, malaises, fracture vertébrale, pertes de la mémoire, cancer de l’intestin.

Le 8 juin 1945, le journal du Parti communiste du Cher, l’Emancipateur, rend hommage à ses camarades morts dans les camps. Sur cette liste figurent les noms de tous les militants déportés le 6 juillet 1942 et morts à Auschwitz : Buvat LouisGermain Joseph, Kaiser AlbertThiais IsidoreFaiteau MagloireJouffin HenriLanoue MoïseMichel LucienMillérioux JosephPerrin MarcelRivet RogerTrouvé Maurice.

Le 29 juin 1945, il livre son témoignage sur son arrestation et Auschwitz dans l’EmancipateurDe
Vierzon à Auschwitz : martyrs du nazisme. 

Les deux seuls chériens survivants du convoi sont le maire de Vierzon, Gorges Rousseau et Roger Gauthier.
Le titre de « Déporté politique » a été attribué à Roger Gauthier, qui reprend son métier de fraiseur.

En mai 1948 il épouse Marianne, Paulette Charlotte Kreutzenberger,  née le 8 juin 1927 à Bayel (Aube) (avis de mariage paru dans l’Emancipateur du 6 mai 1948). Le couple a une fille.

Marianne Gauthier / conférence de Bourges 2011. Rencontre avec elle (photos © Pierre Cardon)

Roger Gauthier est mort le 14 juillet 1975 à Tours (Indre-et-Loire).

Nous avons, mon mari et moi rencontré Marianne Gauthier à Bourges en 2011 (elle est décédée à Vierzon le 27 mai 2017 à l’âge de 89 ans).

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Aimé Oboeuf aide Roger Gauthier, malade, à remplir un premier questionnaire biographique le 20 janvier 1972, complété le 15 mai 1982 par sa veuve, Marianne. ­
  • Témoignages recueillis auprès de Marianne Gauthier le 24 mai 2011, lors de ma conférence au Musée de la Résistance et de la Déportation à Bourges.
  • Photo de Roger Gauthier prise avant-guerre, envoyée par Marianne Gauthier en juillet 2011.
  • Correspondances de son épouse avec Roger Arnould (1979 et 1982).
  • Témoignages recueillis à Vierzon par Aimé Oboeuf, rescapé du convoi, à partir des souvenirs de Georges Rousseau et Roger Gauthier, rescapés du convoi.
  • « Combattants de la liberté. La Résistance dans le Cher ». Cherrier Marcel et Pigenet Michel. Éditions Sociales, 1976, in-12, 238 pp, photos.
  • Témoignage de Maria Perrin (membre du comité national de la FNDIRP), veuve de Marcel Perrin, pour qui son mari et une trentaine d’autres militants ont été arrêtés le premier mai 1942 en représailles à l’attentat commis contre les allemands sur la voie ferrée Vierzon-Bourges.
  • Cahier de Johann Beckmann, qui est Vorarbeiter à Gross Rosen.
  • Marianne Gauthier a reçu la photo de déporté de son mari – envoyée par les américains – deux ans après sa libération.
  • Photos ci-dessus : entretien à Bourges avec Marianne Gauthier, mai 2011, © Pierre Cardon.
  • 12 juillet 2011 : courrier de M. Marcel Demnet à qui j’avais fait parvenir les biographies des 45000 du Cher et qui m’a transmis de précieux renseignements. Il fut en 1945 directeur du service secrétariat, bureau militaire et élections chargé de régulariser l’ensemble des catégories de victimes civiles et militaires de la guerre 1939/1945.

Notice Biographique rédigée en décembre 2010 (modifiée 2011, 2017 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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