Plusieurs rescapés et de nombreux membres des familles ou camarades des 1170 déportés du convoi du 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz ont été persuadés qu’eux-mêmes ou leur père, mari, frère, oncle ou camarade avaient été arrêtés à la suite d’une dénonciation. Pourtant mis à part une trentaine de dénonciations ou délations connues, car elles sont mentionnées aux archives de la police ou dans les dossiers du DAVCC à Caen, cela n’a pas été le cas.
Les fiches de la Sureté nationale

En effet, outre quelques militants communistes (25) déjà arrêtés (1) par le gouvernement Daladier dès l’interdiction du Parti communiste (29 septembre 1939), les premières arrestations de la majorité de ceux qui allaient être déportés dans le convoi du 6 juillet 1942, sont le fait dans un premier temps de la politique répressive de Vichy concernant la propagande communiste clandestine, puis de la politique des otages mise en place par l’Occupant afin de faire pressions sur les milieux communistes entrés en résistance.
La politique allemande des otages (août 1941 – octobre 1942)
La désignation d’otages « fusillables » ou « déportables à l’Est » s’est alors faite en plusieurs étapes, suivant les départements et le zèle des préfets ou des différents échelons policiers.

Le processus est identique à celui qui concerne les militants, très majoritairement communistes, qui, arrêtés dans les mêmes périodes et pour les mêmes motifs, allaient être fusillés après chaque attentat contre des soldats ou matériels allemands, puisés dans le vivier du camp allemand de Compiègne ou directement dans les prisons.

La mise en place de la politique répressive : Pétain, Laval, Darlan

Dans un premier temps la politique de Vichy menée par les ministres de l’intérieur successifs (Marquet, Peyrouton, Pucheu, Darlan, Laval) vise à paralyser la propagande de l’appareil communiste clandestin en arrêtant les ex-militants connus, et va utiliser pour ce faire les fichiers des préfectures ayant alimenté le fichier central de la Sureté nationale et ceux des Brigades des Renseignements généraux spécialement créées à cet effet par la police française au début de 1940 (1).  

Plus de 80 % des futurs otages sont arrêtés par la police de Vichy, agissant seule, puis comme auxiliaire des Allemands.
Lire dans ce site : Le rôle de la Police française dans la désignation des otages et La Brigade spéciale des Renseignements généraux

Les listes de communistes sont fournies par les préfets à partir des renseignements établis par la Sureté, les Renseignements généraux, les commissariats ou les gendarmeries, concernant des militants syndicalistes, animateurs de grèves, «militants communistes notoires et propagandistes», élus ou candidats du Parti communiste.
Ces informations remontent souvent aux grèves de 1936, et quelquefois bien avant (inscriptions au « carnet B », l’ancêtre de la « Fiche S », PV d’arrestations lors de manifestations contre la guerre du Rif, condamnations pour propos antimilitaristes…).
Il faut souligner que peu d’entre eux, souvent militants clandestins, ont été arrêtés en flagrant délit

tableau réalisé à partir des 1108 dates d’arrestations connues. In Mille otages

Ces listes et ces fiches ont d’abord servi, pour les grandes rafles du 3 septembre 1940 au 20 juin 1941 : arrestations d’élus, cadres du Parti communiste et de la CGT dans le département de la Seine, après accord des autorités allemandes : 361 militants arrêtés entre le 3 septembre et le 20 juin 1941 qui seront déportés à Auschwitz (dont 65 en octobre 1940, 23 en novembre 1940 et 32 en décembre 1940), puis pour les grandes vagues d’arrestation déclenchées à la demande des Allemands à partir du 21 juin 1941 (c’est l’Aktion Théoderik  » qui est engagée dans le cadre de l’opération Barbarossa (invasion de l’URSS) : 118 futurs « 45 000 » sont arrêtés entre le 21 et le 27 juin 1941 ; entre le 27 juin 1941 et le 1er janvier 1942 on compte 300 nouvelles arrestations, et enfin pour celle du 28 avril 1942 (22 parmi les centaines de militants arrêtés, directement transférés au camp allemand de Compiègne, sont déportés à Auschwitz) sources in « Mille otages pour Auschwitz« , pages 181 et 182.
Lire dans le site :  La rafle des communistes du 28 avril 1942 à Paris.

Ces listes ont permis aux Allemands de désigner les otages à fusiller en représailles aux attentats ou à déporter «à l’Est» dans les convois de représailles, notamment en «puisant» parmi les militants internés dans les « centre de séjour surveillés » français et les prisons françaises à l’initiative des autorités préfectorales, et dans le camp allemand de Compiègne.

14 août 1941 : Otto von Stülpnagel signe un décret rendant passible de la peine de mort toute activité communiste.

Avec l’attaque de Hitler contre l’URSS, le 22 juin 1941, les autorités allemandes s’engagent dans une répression particulièrement dure qui a valeur d’avertissement pour toute la Résistance.
Une grande rafle de militants communistes est opérée dès le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêteront plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide des forces de police françaises (dont 112 futurs « 45 000 »).
Le 14 août 1941, Otto von Stülpnagel, commandant des troupes d’occupation en France (MBF), signe un décret rendant passible de la peine de mort toute activité communiste.
Des tribunaux allemands condamnent à mort de jeunes communistes qui sont aussitôt fusillés.
Une liste d’otages est préparée le 25 août 1941. Cette liste datée du 25 août 1941 émane du RSHA (Reichssicherheitshauptamt, « Office central de la sécurité du Reich », In document XLIV- 59-60, Saint Germain 24 décembre 1941).
C’est le début d’une lourde répression qui en France occupée sera néanmoins différente de celle pratiquée dans les autres pays, notamment à l’Est.
On sait par ailleurs qu’à part quelques attitudes courageuses, – comme celles de Paul Vacquier, Préfet de l’Oise ou d’Henry Graux Préfet du Calvados (notes 2 et  3) qui refusent de communiquer ces renseignements aux Feldkommandantur qui les leur réclament, ou de les faire arrêter par les forces de Police – les Préfets et services de Police ont transmis les listes demandées ou procédé aux arrestations, certains même avec zèle.

Nous publions ci-dessous des extraits des notices biographiques des militants dont les documents émanant des préfectures ou des archives de la police mentionnent une dénonciation. 

Délations à la police, suivies de filatures, perquisitions et arrestations en cascade.

Jean-Baptiste Berthout adhère au Parti communiste en 1934 et il est, pendant un an et demi, secrétaire de la cellule locale « 1081 » du 10è arrondissement de Paris. Il est – dit-il au cours de son interrogatoire du 29 décembre 1941 – sollicité par un militant clandestin du Parti communiste (2) qu’il dira toujours ne connaître que sous le prénom de « Maurice », afin d’effectuer des distributions de tracts.
Jean-Baptiste Berthout va être arrêté à la suite d’une dénonciation qui le concerne ainsi que la concierge de l’immeuble du 72, rue du château d’eau (Paris 10è). Les inspecteurs de la BS1 ont arrêté cette dernière, « la femme Mazel ».
A la suite de cette interpellation ils ont monté une filature sur Jean-Baptiste Berthout qui a abouti à ce qu’ils ont considéré comme un flagrant délit (il est en effet porteur d’un tract intitulé « aux militants communistes » le 28 décembre à 22 heures 30 au domicile de Marie D…, censée être sa maitresse selon la BS1, au 3, rue de l’Hôpital Saint-Louis (Paris 10è). En effet, les services de la préfecture ont reçu une lettre de dénonciation en date du 15 décembre adressée au Préfet de la Seine.

Lettre de délation

Nous avons conservé les fautes d’orthographe dans la retranscription de la lettre de délation reproduite ci-contre.
« Monsieur le Préfet. Vous trouverez chez la concierge du 72 rue du château d’eau, un certain communiste du nom de jean Bertout qui lui apporte des journeaux de l’Humanité une ou deux fois par semaine, le soir vers 8 h, 8 h 30, aussi vite la concierge va les cacher dans le fond d’un petit couloir ou il y a les cabinet. Je suis souvent dans l’immeuble et beaucoup des locataire sont au courant, mais elle a vite fait de les distribué, elle et sont complice ne rève que de moscou ici on est bon à rien. Recevez, Monsieur mes respects et salutations. Je suis près à vous servire dès que possible »

Jean Bach : dessinateur industriel, monteur chauffage central ; arrêté comme communiste. Après une perquisition au domicile familial, suite à une dénonciation, des tracts et numéros de l’Humanité clandestine sont trouvés. Jean Bach et son cousin Albert Bach sont arrêtés le 25 septembre 1940 par la Gestapo, selon la mention portée sur sa fiche au DAVCC, pour « distribution et détention de tracts communistes ». Ils sont jugés et condamnés à quatre mois de prison par le tribunal militaire allemand de Versailles, puis écroués à la Maison d’arrêt de Pontoise.

Nicolas Boujinsky : né en 1890 à Koursk (Russie) ; domicilié à Paris 16è ; ébardeur, puis guide touristique, puis épicier ; arrêté sur dénonciation le 7 février 1942. Il est accusé, à la suite d’une dénonciation, de « marché noir et de détention d’armes« , ce dernier motif le rendant passible d’une désignation comme otage. Sur sa fiche de renseignements au DAVCC, il est inscrit au motif de l’arrestation : «avoir tué des Allemands», motif improbable, car il aurait alors été  jugé par un tribunal militaire allemand.

Roger Brisset : maçon, diffuse la presse communiste. A la suite d’une dénonciation à la gendarmerie, le domicile des Brisset est perquisitionné le 2 septembre 1941, en présence de leur mère. La perquisition est infructueuse, les gendarmes ne trouvant à leur domicile que des archives d’avant l’interdiction du PCF (un agenda de 1937 édité par le périodique La famille Nouvelle, une photographie d’avant-guerre avec un groupe de vendeurs de L’Humanité, neuf feuilles de papier carbone dont une ayant servi à polycopier une convocation, « probablement antérieure au décret de dissolution ». Ces éléments non probants n’empêchent pas le commissaire de Police de présenter les frères Brisset comme des « révolutionnaires. À interner ». Roger Brisset son frère Eugène et son employeur sont arrêtés le 5 octobre 1941.

Henri Burghard : le 9 décembre 1941, une dénonciation l’accuse de détenir un fusil.  Henri Burghard voit son domicile perquisitionné, sans résultat. Quatre autres hommes, habitant le village ou y travaillant sont également dénoncés, et leurs domiciles perquisitionnés. L’un d’eux, René Dufour, 29 ans, domicilié à Villotte-sur-Seine, cantonnier SNCF à Verrey, qui a une arme chez lui, est arrêté le 15 décembre. Condamné à mort pour « détention illégale d’armes de guerre ». Il est fusillé à Dijon le 16 janvier 1942. Adrien Burghard est à nouveau dénoncé, comme « communiste dangereux ». Le 19 février 1942, le commissaire principal des Renseignements Généraux écrit : « il est considéré comme sympathisant aux partis de gauche, mais non comme un militant communiste, il s’abstient de toute propagande et ne saurait être considéré comme dangereux ».
Henri Burghard est néanmoins arrêté comme otage le 26 février 1942, par la police allemande. Un rapport des RG datant du 3 octobre 1942 mentionne : « Sur les motifs de son arrestation aucune précision n’a pu être recueillie. Vraisemblablement Burghard aura été dénoncé à plusieurs reprises comme communiste dangereux aux Autorités Allemandes ». 

Henri Charlier (rescapé), mouleur aux Fonderies modernes de l’automobile de Bondy (Seine-St-Denis), militant communiste, est arrêté le 18 septembre 1940 par la brigade de gendarmerie du Blanc-Mesnil, « à la suite d’une dénonciation, pour distribution de tracts clandestins » (réponse de la Sureté générale à l’enquête de gendarmerie en 1951 pour l’attribution du titre de Déporté Résistant à Henri Charlier). En même temps que lui sont arrêtés deux autres militants, Léopold Alton et Etienne Renault (rapport de police AD 78 1W 67).

Louis Daëns : militant du Parti communiste clandestin, Louis Daëns confectionne et distribue des tracts sur la voie publique «qu’il répartissait aux camarades de Bolbec, Lillebonne, Gravenchon. Je sais qu’il y avait un petit réseau ». Selon sa fille et « l’Avenir du Havre», c’est à la suite d’une dénonciation par un commerçant de la rue de la République (Mr L…), qu’un brigadier de gendarmerie (B…), plusieurs gendarmes français et deux gendarmes allemands viennent perquisitionner à son domicile le 31 juillet 1941 vers 16 h 30 (pour son frère Benoit, lui aussi très jeune, il y avait quatre gendarmes allemands et deux gendarmes français). Une voisine qui a vu arriver les Allemands a heureusement le temps de dissimuler les tracts recherchés. Cependant un gendarme français trouve dans le tiroir de l’armoire un exemplaire de l’Humanité datant de plusieurs mois.

Elie Delville, mineur de charbon (houiller) à la Compagnie des mines de Vendin à Vendin-lez-Béthune, volontaire dans les brigades internationales en Espagne est arrêté le 24 décembre 1941, par des agents du commissariat de Police du secteur Combat à la suite de la dénonciation d’un policier infiltré (surnommé « Lucien »). Ce jour-là, vers 6 heures du matin débute une vague d’arrestations organisées par la police française à l’encontre de 33 anciens volontaires des brigades internationales.

René Domenc : mécanicien ; communiste. Le 8 juin 1940 une dénonciation parvient au commissaire de police de Fontainebleau qui la fait remonter au Préfet « Une information de source paraissant sérieuse fait connaître que : 1°) un nommé Domenc, résidant 92, rue de France rez-de-chaussée, et actuellement employé dans une usine à Paris, ou aux environs, serait un communiste très actif. La femme de Domenc est employée dans une maison de tissus et vend sur la place du marché près de la statue. Elle tient constamment des propos défaitistes. Domenc est également locataire d’un premier étage qui aurait été déménagé de nuit durant l’avance allemande sur Amiens. Quand la dame Domenc doit sortir, elle monte invariablement au grenier comme pour se rendre compte que tout va bien là-haut. Des renseignements complémentaires peuvent être recueillis près de Madame N., boulangère. D’autre part, pendant la guerre d’Espagne, Domenc avait comme mission de conduire volontaires et armes à la frontière espagnole. Une perquisition au domicile de cet individu semblerait indiquée ». Le commissaire de police accompagne le rapport d’une note concernant René Domenc : « connu pour ses opinions communistes, dont il ne se cache pas, il n’a cependant jamais attiré l’attention de nos services par des propos défaitistes. Quant à sa femme, on ne fait sur son compte aucune remarque particulière. Ses opinions politiques seraient celles de son mari ». Le 21 octobre, le préfet répond : « Je n’envisage pas quant à présent de mesure administrative à l’encontre de l’intéressé. Mais vous voudrez bien toutefois lui adresser un sévère avertissement et l’informer qu’il sera tenu pour responsable de toute activité communiste à Fontainebleau. Mais le nom de René Domenc va ensuite figurer sur la liste d’otages préparée le 25 août 1941 pour le RSHA (Reichssicherheitshauptamt, « Office central de la sécurité du Reich », In document XLIV- 59-60, Saint Germain 24 décembre 1941).

Louis Killian : maçon. Il est arrêté en novembre 1941 à 6 heures du matin, à la suite d’une dénonciation par lettre anonyme, alors « qu’il n’exerçait aucune activité susceptible de justifier son arrestation » selon les services municipaux de Châlons-sur-Marne, consultés en 1992.

Roger Kinsbourg : agent d’assurance ; ancien conseiller municipal de Metz  (Bloc Lorrain, URD) est arrêté le 27 juin 1941 par la Gestapo. Le 3 juillet, son nom et son adresse figurent sur une liste de « militants communistes arrêtés à ce jour », établie par la 11ème brigade régionale de Police judiciaire et adressée au Préfet.
Pour Gaby Lejard, Roger Kinsbourg avait trouvé des tracts communistes dans sa boite à lettre « comme il était un peu rigolard, il les montrait à tout le monde, ce qui est sans doute la cause de son arrestation ». Il semble en effet avoir été victime d’une dénonciation anonyme. Cette dénonciation anonyme est rapportée par le Préfet de Région de Dijon.

Emile Goldstein, domicilié à Montreuil (Seine / Seine-Saint-Denis) ; représentant de commerce, employé de mairie ; communiste. Il est arrêté le 25 juin 1941 à 7 heures du matin, au cimetière de Montreuil où il travaille (« suite à une dénonciation, faisant partie d’un réseau de résistance » : mention sur sa fiche d’arrestation). En tout état de cause il est déjà connu des Renseignements généraux qui le considèrent comme un « militant actif », et son arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes.

Léon Lavoir, domicilié à à Paris 17è, ajusteur à l’atelier de construction de Puteaux, militant communiste, est arrêté le 11 juillet 1941 par deux inspecteurs des renseignements généraux place Aimé Maillart, sur dénonciation d’un nommé M… (celui-ci sera condamné à 8 mois de prison à la Libération).

Henri Lefèvre est arrêté en décembre 1940,
 comme Pierre Bernard (chaudronnier chez Alsthom), à la suite d’une dénonciation pour « distribution de tracts communistes ». Ecroués à la Maison d’arrêt de la Santé en attente de jugement, ils obtiennent un non-lieu à la suite de la rétractation de leur accusateur. Le nom d’Henri Lefèvre est cité dans le livre « mémoires d’usine, mémoires d’avenir. Alsthom savoisienne, usine de Saint-Ouen-électricité ». Selon Louis Héracle « Louis Marangé, des presses de découpage des tôles, Pierre Bernard, Lefèvre un apprenti, ont été arrêtés avant moi, fin 1940 à l’Alsthom, dans le bureau du personnel, par les brigades spéciales de la police française. Ces deux derniers sont morts en déportation » (Monique Houssin, op. cité p.191).

René Louis,  livreur ; jeune communiste ; arrêté le 17 septembre 1940 à son travail par la police française pour « activité communiste » (sur délation, selon l’indication portée sur sa fiche au DAVCC). ; condamné à 8 mois de prison, commués en 6 mois ; interné aux camps d’Aincourt, de Rouillé et de Compiègne ;  Selon son père, 6 autres militants sont arrêtés avec lui, dont Bonnisol et Marcel Leclercq

Marcel Magnat : cultivateur, cimentier, bobinier électricien ; communiste. Le 1er mai 1941, à la suite d’une lettre de dénonciation signalant des activités communiste dans la région de Champagne-sur-Seine, un inspecteur du commissariat spécial de Melun rédige un rapport d’enquête : l’Usine SW (Schneider-Westinghouse)…occupe environ 700 ouvriers.  Une vingtaine environ s’était fait remarquer par son attitude communiste, parmi eux : Jay René, Magnat Jérôme, Ménager André, Rousset Georges, Trolet François (pour chacun d’entre eux date de naissance, adresse, profession) (…). Ces divers militants de l’ex-parti communiste sont encore en relations et, à plusieurs reprises, on a constaté des allées et venues. (…). François Trolet est arrêté comme otage le 19 octobre 1941 par des policiers allemands et français le même jour que Marcel Magnat, Carlo Facco, Marie Gorce et André Ménager.

André Ménager : tourneur ; communiste, Le 1er mai 1941, à la suite d’une lettre de dénonciation signalant des activités communiste dans la région de Champagne-sur-Seine, un inspecteur du commissariat spécial de Melun rédige un rapport d’enquête : l’Usine SW (Schneider-Westinghouse)…occupe environ 700 ouvriers.  Une vingtaine environ s’était fait remarquer par son attitude communiste, parmi eux : Jay René, Magnat Jérôme, Ménager André, Rousset Georges, Trolet François (pour chacun d’entre eux date de naissance, adresse, profession) (…). Ces divers militants de l’ex-parti communiste sont encore en relations et, à plusieurs reprises, on a constaté des allées et venues. (…) François Trolet est arrêté comme otage le 19 octobre 1941 par des policiers allemands et français le même jour que Marcel Magnat, Carlo Facco, Marie Gorce et André Ménager.

Henri Neiman domicilié à Paris 18è ; pelletier ; adhérent à la LICA ; engagé volontaire étranger en 1939 : il est victime d’une dénonciation anonyme, en octobre 1941, dont il pense qu’elle visait surtout son entreprise « Si je suis dans ce bain, c’est à cause de la fameuse lettre anonyme du mois d’octobre par laquelle on a cherché à atteindre la Maison plutôt que moi ». Ida, son épouse, qui est française, refuse de partir en zone libre. Marcel Neiman croît que son père a dû aller au commissariat pour y être recensé en tant que juif.
Henri Neiman est arrêté comme otage le 28 avril 1942 pendant la rafle qui touche les communistes parisiens.

Emile Obel (rescapé)
, ajusteur-mécanicien, puis représentant, est arrêté à Paris(18°), le 13 novembre 1940, au café des Marronniers, boulevard Rochechouart, par la police française, sur dénonciation, « pour propos anti-allemands«.
Trois autres hommes sont arrêtés avec lui. Il est emprisonné à la Santé.

André Paulin : habite à Clamart (Seine) ; jeune chaudronnier ; membre des jeunesses communistes ; arrêté le 21 avril 1941, à la suite de plusieurs maladresses ou dénonciations de l’encadrement professionnel alertant la direction de son centre d’apprentissage que des tracts communistes circulent, qui en réfère au commissariat de la ville. René Pignet : coiffeur ; passeur de prisonniers. Il est arrêté avec son père le 20 mai 1942 « le jour de ses vingt ans » disait-on dans la famille, anniversaire qu’il avait fêté deux jours auparavant). Leur domicile est perquisitionné. La famille pense qu’il s’agit d’une dénonciation où il est fait mention de l’usage d’une grenade (la mention « dénonciation » est effectivement portée sur la fiche de son père au DAVCC à Caen).

Jean Paupy et Robert Prunier sont arrêtés le mardi 3 décembre 1940, par la BS 1 pour « activité communiste » : leur fiche au DAVCC mentionnent qu’ils ont été arrêtés « sur délation ». Jean Paupy : né en 1921 à Paris 14è ; domicilié à l’Haÿ-les-Roses (Seine / Val-de-Marne) ; vendeur en instruments chirurgicaux ; secrétaire des jeunesses communistes de l’Haÿ ; arrêté le 4 décembre 1940.
Robert Prunier : né en 1920 à Paris 5è ; domicilié à  l’Haÿ-les-Roses (Seine / Val-de-Marne) ; tanneur, jeune communiste ; arrêté le 4 décembre 1940.

Gabriel Royer domicilié à Colombes (Seine) ; postier puis métallurgiste est arrêté le 10 février 1941 à Colombes, semble-t-il sur dénonciation de l’un des cinq autres militants qui collaient des affiches avec lui (la mention « dénonciation » est portée sur sa fiche individuelle au DAVCC). Il est écroué au Dépôt de la Préfecture le même jour, puis à la prison de la Santé. Gabriel Royer

Armand Saglier (rescapé) : Au début de l’Occupation, il participe à l’installation des « premiers groupes armés dans l’Est du département à Is-sur-Tille et Châtillon : détournement d’un chargement de fusils de chasse en partance pour l’Allemagne ; dans la même gare, déraillement d’un canon de 450 » (témoignages d’Armand Saglier à la gendarmerie en 1954). Le 14 juillet 1941, des policiers français l’arrêtent à son domicile, en même temps que 9 futurs déportés à Auschwitz, parmi lesquels 4 cheminots. Sur dénonciation écrit-il. Gabriel Lejard, un autre rescapé de Côte d’Or poursuivra d’ailleurs les dénonciateurs en justice. Lire la biographie de Gaby Lejard : Gabriel Lejard.   Le dénonciateur est condamné « à 15 ans de travaux forcés et une interdiction de séjouré». 

Gaston Sansoulet-Plante, est photographe de profession, puis employé aux PTT à la gare Montparnasse. Militant communiste, il est secrétaire d’une cellule locale à Fontenay. Après sa révocation en septembre 1940 des PTT comme militant communiste, il milite clandestinement sur les communes de Fontenay, Chatillon, Le Plessis et Châtenay-Malabry. Gaston Sansoulet est arrêté le 1er septembre 1941 à son domicile, par la police française, comme « communiste » après une dénonciation. Son épouse Raymonde signale que sont arrêtés en même temps que lui Georges Delrieux (déporté à Buchenwald, rescapé) et Robert Marchand également déporté (2).
Raymonde Sansoulet est persuadée que son mari a été dénoncé par une voisine : elle portera plainte à la Libération et un procès en décembre 1945 condamnera la délatrice à 15 ans de travaux forcés… avec circonstances atténuantes (voir document en fin de notice). « Selon la police il fut dénoncé, des enfants auraient été vus dans la cour de l’immeuble de la rue Jean-Jaurès où il vivait jouant avec des tracts édités par le parti communiste. Gaston Sansoulet-Planté, était déjà connu comme un militant communiste actif à Fontenay-sous-Bois où il était secrétaire de cellule. Des policiers surveillèrent ses allées et venues, le 18 septembre 1941 deux inspecteurs du commissariat de Sceaux l’interpellèrent à son domicile à 7 heures du matin, une machine à écrire était saisie. Sa mère Marie habitait le même immeuble, son logement fut perquisitionné sans succès ». In notice du Maitron. Cette dénonciation qui est bien réelle, puisque la délatrice sera lourdement condamnée à la Libération, résulte d’une lamentable vengeance de voisinage. Amélie S. voisine des Sansoulet, querelleuse bien connue de l’immeuble, a une altercation avec Raymonde Sansoulet au sujet des enfants de cette dernière qui ont éclaboussé son palier. Pour se venger, elle décide d’aller au commissariat et dénonce Gaston Sansoulet comme propagandiste communiste clandestin, avec comme preuve que des tracts cachés dans le hangar de la cour ont été trouvés par des enfants de l’immeuble qui jouaient avec (voir la coupure de presse relatant le procès en fin de la notice).

Désiré Sillien est arrêté le 21 février 1942, à Herserange, par la Feldgendarmerie. Selon des proches, il aurait été dénoncé « par Toni » (celui-ci est jugé à Nancy après-guerre et meurt en prison) habitant la cité Merlin, mais pour les frères Magrinelli (in « Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle 1919/1945 »), il s’agit bien d’une arrestation due à la répression allemande suite au sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février.

Marcel Starck, militant communiste licencié de chez Renault après la grève de 1938 retrouve son travail chez Ragonot pendant la « drôle de guerre » et le début de l’Occupation. Il y côtoie alors Auguste Monjauvis qui y a été embauché après sa démobilisation, et qui en sera renvoyé pour « propagande communiste », comme un ancien de chez Renault, Fernand Treich (2) (lui aussi licencié après la grève du 24 novembre 1938). Au début du mois d’août 1941, à la suite d’une lettre de dénonciation adressée à la Gendarmerie de Malakoff, stipulant qu’un dénommé Fernand Treich remet des tracts (dont l’Humanité clandestine) à trois ouvriers de chez Ragonot (dont Marcel Strack), ils sont placés sous surveillance de la gendarmerie. Après l’arrestation de Fernand Treich, la direction de chez Ragonot informe les gendarmes que les trois hommes sont « reconnus comme militants du Parti communiste ». Marcel Starck et ses deux camarades de chez Ragonot sont arrêtés le 11 août 1941.

Georges Thorez, batelier sur la péniche « Montcalm », « d’opinions communistes », est arrêté à Dombasle le 28 décembre 1941 par deux gendarmes français.
Son bateau est perquisitionné par les Allemands le 30 décembre après son déchargement. Au sortir de cet interrogatoire, Georges Thorez a des dents cassées et des doigts écrasés. La raison de son arrestation, comme passeur de prisonniers évadés, est déclarée en 1955 par les services de gendarmerie. Quoique les archives de la gendarmerie aient été détruites à la Libération, l’opinion générale des mariniers en 1947 est qu’il a été l’objet d’une dénonciation. C’est d’ailleurs ce qu’affirme sa fille Muguette, qui désigne le patron du café.

Trolet François : mineur, électricien ; communiste. Le 1er mai 1941, à la suite d’une lettre de dénonciation signalant des activités communiste dans la région de Champagne-sur-Seine, un inspecteur du commissariat spécial de Melun rédige un rapport d’enquête : l’Usine SW (Schneider-Westinghouse)…occupe environ 700 ouvriers.  Une vingtaine environ s’était fait remarquer par son attitude communiste, parmi eux : Jay René, Magnat Jérôme, Ménager André, Rousset Georges, Trolet François (pour chacun d’entre eux date de naissance, adresse, profession) (…). Ces divers militants de l’ex-parti communiste sont encore en relations et, à plusieurs reprises, on a constaté des allées et venues. (…) François Trolet est arrêté comme otage le 19 octobre 1941 par des policiers allemands et français le même jour que Marcel Magnat, Carlo Facco, Marie Gorce et André Ménager (lire le témoignage de la fille d’André Ménager sur leur arrestation dans la notice biographique de celui-ci). MENAGER ANDRE

Arrestations en cascade consécutives à une dénonciation.

Guilbert Marcel (rescapé) et 19 autres. Tapissier, militant communiste et syndicaliste à Boulogne-Billancourt, Marcel Guilbert est arrêté le 28 avril 1941, à son domicile, par la police française : sa veuve pense qu’il s’agit d’une dénonciation. Le réseau auquel il appartenait est démantelé en totalité. Marcel Guilbert est arrêté à son domicile en même temps que dix-neuf personnes soupçonnées de participer à un centre clandestin de confection de tracts. Chez l’un d’eux une ronéo est découverte, des ramettes de papiers vierges et des tracts déjà ronéotés. Sans doute dénoncés par T… ils sont tous inculpés d’infraction au décret du 26 novembre 1939 et écroués à la Santé. Le 25 août, les treize inculpés comparaissent devant la 12è chambre correctionnelle de la Seine.

Georges Dudal (rescapé) : Dans un article de « La Vie Nouvelle » des années 1980, André Tollet (2) évoque la parution des « Vie Ouvrière » clandestines, sous l’Occupation, éditées à partir d’août 1940. il raconte les arrestations d’octobre 1940, dont celle de George Dudal, consécutives selon lui à la trahison d’un des membres de l’appareil clandestin, Albert Clément, ex-rédacteur en chef de la « V.O. » (la police française l’a arrêté sur dénonciation de son épouse. Il finira par donner tous les rendez-vous du groupe. Libéré en mai 1941, il devient rédacteur en chef du journal de Doriot. Il sera exécuté par la Résistance en juin 1942). Dans le passage cité, André Tollet évoque George Dudal, jeune communiste de 17 ans, qui doit apporter des paquets de la « V.O. » qu’il a contribué à imprimer à Levallois. Lire également le témoignage de Georges Dudal sur son arrestation : Georges Dudal. Août 1940 : impression de la « V.O. ». A 18 ans, au mitard à Fresnes

André Duret est arrêté sur dénonciation le 20 janvier 1941 par des agents du commissariat de Levallois. Le dénonciateur est E. L. ancien membre du bureau de l’ERSL, puis de celui de l’ASL. Il sera jugé à la Libération. D’après le témoignage écrit de Roger Leray (21 juin 1945), l’accusation est formulée directement par André Duret, lors d’une réunion orageuse du club, le 23 août 1941, qui consacre la scission du club « André Duret, le loyal Duret, l’homme franc par excellence (…) crache à la figure de L. « Tu es un lâche, tu es un sale flic » et témoigne qu’il a eu sous les yeux l’interrogatoire mensonger, transcrit et signé de L. Roger Leray cite les noms de 7 autres témoins assistant à la scène.

Arthur Lepetit : arrêté le 11 février 1941 à 11 heures du soir, chez lui. Il est roué de coups par la police pour lui faire avouer ses activités clandestines (son nom aurait été donné sous les coups par un de ses cinq camarades, arrêté la veille, « avec un pot de colle » dit son épouse. La mention de cette dénonciation est confirmée sur la fiche au DAVCC de Gabriel Royer, arrêté la veille).

Pierre Bernard : traceur aux ateliers Alsthom de Saint-Ouen, militant communiste est à nouveau arrêté le 5 décembre 1940 à la suite d’une dénonciation, pour « distribution de tracts communistes ». « Le 5 décembre 1940, suite à une dénonciation de l’un de ses camarades de travail (que mon père a toujours excusé connaissant le mauvais traitement que l’on faisait subir alors), il fut arrêté à l’usine par la police française avec un autre camarade, père de deux jumelles. Bien que la police ne trouvât rien dans son placard, ou chez nous lors d’une perquisition, il fut accusé de faire des quêtes dans les ateliers pour aider les familles de ceux qui avaient été arrêtés avant lui» (Jean Bernard).

RICHARD René Joseph : « La police judiciaire saisissait le 8 octobre 1940 chez l’amie de René Richard une valise contenant du matériel datant du temps où le Parti communiste n’était pas interdit : tracts, bulletins d’adhésion, le dossier de la cellule 720, des exemplaires de l’Humanité et de Regards, ainsi que deux matraques, un revolver à barillet et dix cartouches. Interpellé René Richard fut remis en liberté provisoire, l’arme était certainement hors d’usage ». Le Maitron.
« Le 12 octobre, il emménagea 61, Bd Circulaire d’Épinay à Gennevilliers, noté par la police « comme un militant communiste notoire qui se livrait à une active propagande subversive parmi les jeunes ouvriers » son domicile fut perquisitionné sans succès par des soldats de l’armée allemande. Une lettre anonyme adressée au préfet de police, datée du 21 juillet 1941 à Paris, mais postée à Gennevilliers dénonçait René Richard et Émile Matioux comme « deux personnes qui sont communistes » (…) « Vous pouvez les faire suivre de près et vous serez convaincu ». Le Maitron. Le 4 novembre 1941, la police perquisitionne à nouveau son domicile… En vain. Néanmoins, devant la recrudescence de la propagande communiste, René Richard est arrêté le 13 novembre 1941.

Usine Sanders de Gentilly : arrêtés après une grève sur le tas d’un quart d’heure en février 1942 !
Des « informations » en cascade arrivent rapidement aux allemands.

Les 9 déportés des usines Sanders :   Marceau BauduFernand Boussuge, Joseph Daniel, Raoul GaillanneAndré GirardFrancis JolyFrédéric RancezRené Salé. Déportés à Auschwitz. Georges Abramovici est déporté comme Juif depuis le camp de Pithiviers.

Lire dans le site : La grève de l’usine Sanders de Gentilly (9 février 1942).
Le 9 février 1942, une grève éclate chez Sanders.  Cet arrêt de travail est motivé par le refus du directeur de l’usine de satisfaire les revendications des ouvriers. Le travail reprend au bout d’un quart d’heure, après que le directeur ait menacé de prévenir la police, en cas de poursuite du mouvement. Cependant le directeur a informé la Confédération générale du patronat français. Prévenu de la grève, le commissaire de police de la circonscription M. Cambon, appelle aussitôt les Renseignements généraux, conformément à un ordre du directeur de la police judiciaire, daté du 30 septembre 1940 (l’enquête de la commission d’épuration en 1946 ne permettra pas de savoir par qui M. Cambon a été informé). La Brigade spéciale (BS-1) chargée de la répression anticommuniste enquête aussitôt. Elle recherche les « meneurs » et obtient par un membre de la maîtrise de l’usine une liste des ouvriers supposés être à l’origine du mouvement.
Le 11 février, 16 ouvriers sont arrêtés par des inspecteurs des Renseignements généraux et sont conduits au Dépôt de la Préfecture de police de la Seine, où ils sont interrogés violemment. Trois d’entre eux sont relâchés le soir même, car ils ne sont pas connus des services de police comme étant communistes. Les 13 autres, qui ont un dossier aux Renseignements généraux comme « militants communistes actifs et propagandistes » sont emmenés par le métro à la Conciergerie, en attendant leur internement administratif dans un camp français. Quatre d’entre eux sont internés au camp de Pithiviers, puis à l’île de Ré jusqu’au 10 août 1944. Les autres seront déportés à Auschwitz : huit d’entre eux sont internés au camp de Voves le 26 avril 1942, puis au camp allemand de Compiègne (le Frontstalag 122), le 10  mai 1942. Ils sont désignés par les autorités allemandes pour être déportés le 6 juillet 1942, comme otages communistes, en représailles aux attentats commis par des résistants communistes contre des officiers et soldats allemands.
Le neuvième, Georges Abramovici, classé comme Juif à Voves, est déporté depuis Drancy le 4 novembre 1942, également vers Auschwitz, dans le convoi dit N° 40 du 3 novembre 1940. Né à Paris le 15 août 1914, il était un militant communiste.
De ces neuf déportés, un seul d’entre eux, Francis Joly, est rentré en France.

Les familles ont pensé qu’ils avaient été dénoncés… Mais la police française n’avait pas besoin d’une dénonciation pour perquisitionner, puis arrêter ces militants bien connus de ses services avant-guerre.
Un exemple.

Pierre Chauffard : menuisier (ébéniste) à Vitry. Membre du Parti communiste, Pierre Chauffard est avant-guerre secrétaire – avec André Amarot – de la cellule du Parti communiste du Port à l’Anglais à Vitry. Début 1940, il participe en même temps aux activités de la cellule clandestine Maurice Thorez à l’usine de Roulements SKF d’Ivry, où sa tante travaillait. Le 26 juin 1941, il est arrêté à 5 heures du matin à son domicile par la police française. Sa famille et ses amis ont pensé qu’il avait été dénoncé par un policier qui habitait le même immeuble (en fait Marius C… né en 1907, n’était pas policier mais employé à la Préfecture de police) et sur une plaque funéraire commémorative apposée à gauche de la porte d’entrée on peut lire : A la mémoire de Pierre Chauffard, sergent FTPF assassiné par les Nazis au camp d’Auschwitz, août 1942, victime d’un policier français. Cher Pierrot, nous ne t’oublierons jamais.
Ce que nous savons désormais grâce aux relevés du Musée de la Résistance Nationale de Champigny de l’utilisation par les autorités allemandes, via la préfecture de police, d’informations consignées dans les fiches et registres des commissariats de police d’Ivry et Vitry, nous amènent à dire qu’une dénonciation n’était pas nécessaire pour expliquer son arrestation (bien que toujours possible). Les responsables du Parti et des Jeunesses communistes étaient bien connus et fichés ! Avec l’Occupation allemande, la police de Vichy surveille les anciens élus et militants communistes et procède à des perquisitions et des arrestations. Vichy entend ainsi faire pression sur les militants communistes connus ou anciens élus pour faire cesser la propagande communiste clandestine. Et cette arrestation a lieu dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes.
En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française.
Lire Le rôle de la police française Ivry et Vitry, BS1.

Arrestations à partir des dossiers communiqués avant-guerre à la police par les entreprises.

Ancien membre du Parti communiste, Georges Collin mécanicien à la fonderie Ferry-Capitain de Bussy Saint-Georges est arrêté le 23 juin 1941 par les polices allemande et française, en même temps que Louis Bedet (45 220), Albert Bernardin, Joseph Lapoire et quatre autres militants (témoignage de Jean Bedet, fils de Louis Bedet).
Dans cette même usine travaillent également Edmond Gentil, Bernard HacquinetLouis Thiéry, qui seront eux aussi arrêtés et déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

C’est le même cas de figure pour les familles ou camarades de 26 autres militants déportés à Auschwitz

Chevallier Raimond, Creuset Albert, Demerseman René, Dubrulle Jules, Gallepie, Faure René, Félix André, Fontès Maurice, Guerrier Maurice, Hanse Georges, Lechevalier Edouard, Le Dret Marcel, Le Mouel Jean-Louis, Mahihon, Maroteau René, Marti Henri, Nonnet Marcel, Orsatti Pierre, Pairière, Perrotet, Poulain Marcel, Rideau Maurice, Ripa Mario, Talbot René, Thépot Eugène.

Désignation des otages

Meurthe et Moselle

Le Préfet Régional Jean Schmidt  collabore avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme du fer p.174).
C’est dans le département de Meurthe et Moselle qu’il fait établir des listes de Français récemment naturalisés afin de proposer leur dénaturalisation à la commission nationale.

Douze « 45 000 » dénaturalisés par Vichy

Notes

  • Note 1 : La plupart d’entre eux se sont évadés lors de l’évacuation des prisons de Paris (colonne de Cépoy). Ils seront à nouveau arrêtés de fin 1940 au début 1942. seuls 3 d’entre eux ont été transférés au camp de Gurs, puis ramenés à Compiègne.
  • Note 1 bis : Fichier B1 15257 / Cote / Source 19940434/182), ces archives furent saisies en 1940 par les allemands dans les ministères de la Guerre et de l’Intérieur, ainsi que des archives d’associations, syndicats (archives CGT du « séquestre de 1940) ou partis politiques. Le tout qualifié de « Fonds de Moscou » fut récupéré par les Soviétiques à Berlin en 1945 et restitués à la France en 1994 et 2004 (7 kilomètres linéaires ramenés par camions).
  • Note 2 : Paul Vacquier est nommé préfet de l’Oise par intérim le 22 mai 1940, au début de l’offensive allemande. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, il manifeste un maréchalisme éperdu jusqu’en 194. Il cherche à partir de sa nomination définitive (5 septembre 1940) « à maintenir un semblant de souveraineté française à l’échelon local, ce qui lui vaut son départ en novembre 1942 » (in Françoise Leclère-Rosenzweig, « L’Oise allemande »).
    Lorsque le chef de la Feldkommandantur 580 (le Major général Paul Genée) à Amiens insiste auprès de lui pour que la fiche qui  été demandée à la Préfecture pour chaque interné pour activité communiste au Frontstalag 122,  indique « son activité politique antérieure (très détaillée si possible), ainsi que les raisons qui militent pour ou contre sa prompte libération du camp d’internement », Paul Vacquier écrit au Ministre secrétaire d’État à l’Intérieur pour lui transmettre ses inquiétudes par rapport à cette demande : « Étant donné que parmi les internés du camp de Compiègne une vingtaine déjà ont été fusillés en représailles d’attentats commis contre les membres de l’armée d’occupation, il est à craindre que ces autorités aient l’intention de se servir de mon avis pour désigner de nouveaux otages parmi ceux pour lesquels j’aurais émis un avis défavorable à la libération. Me référant au procès-verbal de la conférence des préfets régionaux du 4 février 1942, qui précise “qu’en aucun cas les autorités françaises ne doivent, à la demande des autorités allemandes, procéder à des désignations d’otages”, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien me donner vos directives sur la suite qu’il convient de réserver à la demande dont je suis saisi… ».
  • Note 3 : Henri Graux : il est nommé à Caen le  et subit le choc de la défaite alors qu’il ne connaît encore rien de son département.  Le nouveau préfet mène une action efficace pour accueillir les dizaines de milliers de réfugiés fuyant l’avance allemande, et rassurer la population puis, après l’arrivée de l’occupant, prend les mesures nécessaires pour rétablir l’ordre, pourvoir au ravitaillement, organiser l’aide sociale et l’assistance aux plus démunis. L’action est de chaque instant et rapidement le préfet stabilise la situation, mais il lui faut côtoyer l’occupant. Son interlocuteur, le Feldkommandant Elster, ne lui facilite pas la tâche. Durant tout le temps où il exerce ses fonctions dans le Calvados, Henri Graux défend avec opiniâtreté les intérêts français contre les empiétements allemands. Il s’oppose à ceux-ci lorsqu’il le juge nécessaire et notamment face à des mesures de nature répressive. C’est ainsi qu’il intervient en vain en faveur de Lucien Frémont, maire de Lasson, condamné à mort et qui sera exécuté. Il ne montre pas de sympathie aux mouvements collaborationnistes et se heurte violemment à Julien Lenoir, responsable du groupe Collaboration dans le Calvados. Sa dernière levée de boucliers provoquera son départ. Après le double-sabotage d’Airan, le préfet intervient auprès des autorités allemandes pour obtenir un allègement des sanctions frappant le département, notamment concernant l’exécution d’otages. Le , il s’oppose aux Allemands qui demandent la collaboration des autorités françaises pour l’arrestation de trente personnes, qui ne seront pas considérées comme otages. Henri Graux fait valoir la Convention d’armistice et refuse de coopérer. Il sait ce que vaut la parole allemande. Quelques jours plus tôt, une centaine de personnes avaient été arrêtées dans le département et transférées sur Compiègne malgré la promesse de ne pas les considérer comme otages. Pour les Allemands, ce refus est de trop. Ils obtiennent, au mois de juin 1942, son rappel (in Wikipédia).

Article rédigé par Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon (janvier 2026).
Claudine Cardon-Hamet est docteur en Histoire, auteure des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cet article. Pour le compléter ou corriger, vous pouvez nous faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  

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